Cheikh Ahmadou Bamba Khadim Rassoul et le Savoir

Serigne Chouaybou KEBEPar Serigne Chouaïbou (Abo) KEBE

 

L’action réformatrice du Cheikhoul Khadim a eu à apparaître dans un milieu où régnaient l’ignorance et l’analphabétisme. Ce qui a contribué à propager les superstitions, les hérésies et les égarements de toute sorte ainsi que des pratiques païennes.

 

Dans ces conditions, pour que le Cheikh puisse opérer un changement profond dans la structure mentale, psychologique et spirituelle de la société, il avait misé d’ériger son action réformatrice sur le savoir utile, la bonne action et la bonne conduite agrée, du fait que chacune de ces trois qualités constitue un remède pour chacune des composantes essentielles de l’homme qui a été créé à partir d’une poignée d’argile et un souffle de l’âme. Ce qui lui donne les dimensions spirituelles, intellectuelles et physiques. Et que chacune de ces composantes a besoin d’être traitée d’une manière globale et équilibrée.

Le Cheikh dit:

Sache que le savoir et l’action ainsi que la bonne conduite te procurent le perfectionnement

Il dit aussi:

La science et l’action sont deux essences qui mènent aux biens des deux demeures

Tout cela nous montre la vision profonde que le Cheikh apporte à l’homme et à ses dimensions spirituelles, intellectuelles et physiques ainsi que la grande importance qu’il accordait à ces trois dimensions de l’homme dans sa réforme. Quand il appelait au savoir utile, à la bonne action et à la bonne conduite agréée, il regardait l’homme du point de vue de l’âme, de la raison et du corps et qui se composent dans une entité indivisible de façon harmonieuse. Ce qui fait qu’on ne peut séparer l’un de ses éléments de l’autre ou se concentrer sur l’un tout en négligeant l’autre. En effet, le savoir traite le côté intellectuel alors que l’action traite le côté physique et matériel au moment ou la bonne conduite traite le côté spirituel lié à l’expérience de la connaissance de Dieu.

C’est par le biais de cette vision globale et équilibrée que le Cheikhoul-Khadim a opéré un changement béni et profond dans le contenu psychologique et intellectuel de la société. Et il avait choisi l’éducation et l’enseignement comme axe central de son action et point de départ de son projet de réforme. Et il a pu, par la grâce de Dieu et par la vertu de sa sage méthode, opérer un étonnant changement d’une très grande profondeur dans les mentalités et dans les dispositions psychologiques des Sénégalais dont nous ne cessons de constater les influences dans tous les aspects de la vie intellectuelle, sociale et économique.

Cette étude, nous voulons la consacrer uniquement au côté scientifique et éducationnel de son appel. Nous allons étudier et analyser ce côté tout en montrant la grande importance qu’il accordait au savoir sur le plan théorique et pratique pour faire réussir son projet de réforme et d’appel à l’Islam.

Pour effectuer cette étude, nous allons nous référer à ses écrits et à ses livres du fait qu’ils constituent le côté théorique de la pensée mouride. Après cela, nous allons venir au côté pratique pour projeter la lumière sur les efforts colossaux consentis par les figures emblématiques de la Mouridiya dans le domaine de la propagation du savoir pour mettre en application les enseignements et les conseils très sages du fondateur de la Mouridiya dans ce domaine.

Et pour la conclusion, nous allons résumer les points les plus saillants de cette étude. De même, nous évoquerons, aussi, les difficultés et les problèmes qui se dressent devant le chemin de ceux qui veulent porter le flambeau de la connaissance et du savoir et montrer aussi quels sont les pas qu’ils devront effectuer pour développer leur mission qui consiste à propager le savoir et la culture conformément à la méthode de Cheikhoul-Khadim de la façon la meilleure.

Nous avons conçu le plan de cette étude comme suivant:

  1. L’importance du savoir dans les enseignements de Cheikhoul Khadim
  2. Le rôle de la Mouridiya dans le domaine de la diffusion du savoir
  3. Conclusion

 

 

 

  1. L’IMPORTANCE DU SAVOIR DANS LES ENSEIGNEMENTS DE CHEIKHOUL-KHADIM

On s’étonne quand on feuillette les écrits du Cheikh et quand on s’arrête sur le colossal patrimoine scientifique qu’il a laissé à la postérité, on trouve une très grande quantité d’ouvrages et un très grand nombre de poèmes et de recueils. A cet égard, on ne peut même pas imaginer la grande peine que le Cheikh s’est donnée infatigablement pour diffuser les connaissances et les sciences.

Tout cela montre, éloquemment, la très grande place et la très grande importance que le savoir occupait dans son coeur, sa pensée, ses efforts, ses activités, son appel, ses enseignements et dans son projet réformateur.

Toute personne qui étudie la biographie du Cheikh trouvera, en lui, le modèle le plus parfait du connaisseur de Dieu qui a fait de la revivification et de la diffusion du savoir son premier souci et sa première préoccupation, ceci depuis le début de sa vie jusqu’à ce qu’il fût déplacé vers la Miséricorde du Seigneur. En effet, toute cette vie très bénie s’est déroulée entre apprendre, enseigner et écrire en poésie et en prose.

Dans les lignes qui suivent, nous allons essayer d’analyser sa vision générale à l’égard du savoir, avant de montrer sa position vis-à-vis du savoir dans le domaine de l’écriture et de l’enseignement et, en fin, nous allons donner une courte vue sur les enseignants et les conseils liés au savoir dans ses écrits qui montrent l’importance du savoir, incitent impérieusement à sa quête et énumèrent ses objectifs, ses différentes catégories et les sciences utiles et celles qui sont nuisibles.

La vision du cheikh à l’égard du savoir

Cheikh Ahmadou Bamba considérait le savoir comme une lumière venant de Dieu, un critère qui confère la supériorité à son détenteur, un moyen de faire accéder l’aspirant à son Seigneur, un outil efficace pour la réforme et le changement et une arme très forte pour combattre la colonisation.

Ainsi, en dehors du savoir et sa mise en application, il n’accordait pas de considération aux critères sociaux et économiques, tels que le fait d’appartenir à des couches sociales très hautes ou d’être issu d’une lignée noble.

Il disait à ce propos:

Sache que la différence entre les humains se base uniquement sur le savoir et la religiosité; sois endurant

C’est par ces deux que l’on devient meilleur et non pas par le fait de descendre de quelqu’un de haut rang

Du côté de la généalogie du père ou de la mère efforce-toi donc d’acquérir ces deux vertus avec la bonne conduite

  1. Le savoir comme outil de réforme et de changement

Du fait que le savoir est une lumière de Dieu qu’il projette dans le coeur de son esclave pour qu’il produise la droiture et la noblesse de caractère ; le Cheikh l’avait jugé comme étant le meilleur moyen d’accéder au vrai bonheur ici-bas et dans L’Au-delà.

Il dit à ce propos:

La science et l’action sont deux essences qui mènent aux biens des deux demeures

Du fait qu’il considère le savoir comme le moyen sûr pour accéder à ce bonheur, il en a fait aussi le moyen le plus efficace pour faire réussir son projet réformateur et sa mission de rénover la religion. Il est connu de tous que le Cheikh avait préféré avoir recours à la révolution pacifique comme méthode de réforme et pour opérer un changement profond et calme au sein de sa société. Cette méthode est basée sur l’opération d’une transformation intellectuelle et théorique au niveau des mentalités et des conduites. Ceci en changeant les réflexes des gens, en colorant leurs croyances, leurs sentiments, leurs moeurs, leurs propos, leurs actes et leurs situations par la marque de l’Islam et par sa vision spirituelle globale.

C’est cette méthode que le Cheikh appelle lui-même «mener un jihâd par les sciences et par la piété». Cette méthode consiste aussi à réformer l’enseignement et l’éducation et à revivifier la science et la connaissance islamique dans le but de faire naître une nouvelle mentalité islamique pure au niveau des âmes et des consciences des futures générations.

 

  1. Faire de la science et de la piété une arme pour combattre le colonisateur

Cheikhoul Khadim avait vu, de par sa perspicacité, qu’il était impossible de combattre l’hégémonie des pays colonisateurs par les armes matérielles conventionnelles et que le meilleur moyen pour les combattre consistait à miser sur l’éducation et l’enseignement des générations. C’est pour cette raison qu’il avait orienté toutes ses préoccupations pour donner à ses disciples les connaissances nécessaires.

C’est à ce propos qu’il disait dans un poème, pour répliquer aux colonisateurs qui l’accusaient d’avoir des armes en sa possession:

Vos propos consistant à dire que je mène un jihâd, sont exacts Certes, je mène un jihâd pour plaire à Dieu le Très Haut

Je mène un jihâd par le biais des sciences et par la piété en étant adorateur de Dieu et serviteur du Prophète et le Dominateur en est témoin

Ce choix délibéré montre à souhait la très haute importance qu’occupe la science dans la marche de la Mouridiya, de même qu’il nous montre le fait que le Cheikh était conscient très tôt de l’extrême danger, de l’agression culturelle et de la nécessité de faire de la résistance à cette agression une priorité par rapport aux autres actions islamiques.

Le Cheikh savait parfaitement que les colonisateurs ne visaient pas seulement les ressources et les richesses de nos terres mais qu’ils visaient surtout à faire asseoir leur hégémonie dans les cœurs et dans les consciences. Pour contrecarrer cette agression, le Cheikh a utilisé une autre arme parallèle à la leur, à savoir celle des sciences et de la piété qui assure à ses disciples une immunité contre toute épidémie d’ordre intellectuel ou moral.

Le Cheikh a fait allusion à ces armes très développées et très destructrices qu’ils avaient utilisées pour mener cette guerre.

Voici l’un de ses propos:

Mon épée par laquelle je défais les trinitaires c’est la foi en Son Unicité; Il est le Dieu Unique

Et dit aussi dans différents endroits de ce poème ce qui suit:

Mes canons par lesquels je chasse les ennemis et grâce auxquels s’éloigne de moi tout obstiné

C’est le Coran dont les versets ont été construits miraculeusement venant de la part de Celui qui sait faire éloigner ce que veut le rebelle

Quant à mes flèches, ce sont les hadiths qui nous sont rapportés du Prophète. Que ces hadiths sont bons!

S’agissant des rites découlant de ses hadiths, ils sont des aigus; car les rites sont des chasseurs

Quant au moyen qui me fait découvrir tous les secrets, c’est un soufisme pur rendu splendide par des hommes nobles

Si les ennemis ont des armes pour lesquelles ils sont craints voici mes armes, et je mène le jihad

Il s’agit ici des armes immatérielles que le Cheikh utilisait dans sa guerre face aux armes matérielles de l’ennemi envahisseur. Mais le Cheikh avait remarquablement, vaincu ses ennemis par ses armes qui ne cessent de se trouver dans les mains des musulmans alors qu’ils ne peuvent plus vaincre les ennemis qui leur infligent le pire des châtiments. Est ce à cause de la faiblesse des armes ou à l’inefficacité des utilisateurs?

 

  1. Son attitude à l’égard du savoir
  • Les efforts du cheikh dans le domaine de la production des ouvrages et de la revivification des sciences vu l’importance capitale de la science en ce qui concerne la réforme et la promotion, des peuples, le Cheikh a inauguré son projet réformateur par ce qu’il appelle lui-même «un mouvement dans le domaine de la production des ouvrages et de la revivification des sciences». C’est dans le cadre de ce mouvement qu’il a écrit beaucoup de livres dont les étudiants, les hommes de science avaient grandement besoin pour pallier au terrible manque de la bibliothèque islamique au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.

La production d’ouvrages était très rare à cette époque. Ceux qui avaient la capacité de le faire ne dépassaient pas le nombre des doigts d’une main. Il y avait parmi ceux-ci El Hadji Omar El-Foutiyou, Mor Khoudia Coumba DIOP, l’auteur du livre «Al-Mouquadimatoul-Kokyyha» sur la métrique de la poésie arabe ainsi que le très grand érudit Madiakhaté Kala, lui aussi auteur du livre «Moubayynoul-Ichkale» sur la métrique de la poésie arabe et peu d’autres personnes. C’est pour cette raison que le livre était une denrée très rare à cette époque.

Cet état avait limité l’ambition des étudiants et avait réduit leur niveau d’acquisition de la science. Le Cheikh, pour remédier à cette situation, a pris sur lui la charge de vivifier les sciences et de combler ce vide dont se plaignaient les étudiants et les chercheurs en sciences religieuses. C’est dans ce cadre qu’il a écrit beaucoup de livres classiques de la prose en poésie, ceci dans le but de faciliter l’acquisition, la mémorisation de ces livres et de rendre leurs sens très abordables à ceux qui en ont besoin.

Il a écrit lui-même beaucoup de livres sur la jurisprudence selon le rite malikite tels que:»Tazawwoudous-Sighar», «Tazawwoudouch-Choubane» et «Diawharoun- Nafis» Dans le domaine de l’unicité de Dieu, il a aussi écrit des livres tels que «Mawahiboul-Qoudous» et en ce qui concerne le soufisme musulman, il a écrit «Maghaliquoun-Nirane» et «Massalikoul-Dinane». De même qu’il a transformé en poèmes la prose de très célèbres livres tels que: «Mouquadimatoul-Adiaromiah» sous le nom de «Sahadatout-Toulab Wa Rahatou-talibil-Ihrab».

Il faut signaler que le Cheikh ne s’est pas arrêté au simple fait de transformer ces livres de la prose à la poésie. Mais, il a rendu très facile à comprendre des passages qui étaient très compliqués et parfois il donne le résumé de très longs ouvrages, par exemple, son livre «Massalikoul-Dinane» est la quintessence d’un ensemble de livres tels que: «Ihyaou Ouloumoud-Diny» de même qu’il a fait des extraits tirés du livre «Hikam» d’IUbnou Ataoul-Lahi, du livre «Diounnatoul Mouride» de Sidy Mouhtar Al-Kounty et du livre «Khatimatout-Tassawouf» de Mouhammad Al-Yadaly. De même qu’il a cité Imam Ach-Chahrany et Cheikh Zarouq. Dans tous ses extraits, il rajoute des choses extrêmement importantes de sa part.

Voici ses propos:

J’ai trouvé que les érudits ont écrit à ce sujet des ouvrages qui contiennent beaucoup de secrets

Mais du fait de la longueur de leurs livres la majorité de l’actuelle génération leur ont tourné le dos

Il dit aussi:

Pour que ce livre soit un cadeau pour toute personne parmi cette génération qui veut le mémoriser

A côté de ces ouvrages, le Cheikh fondateur de la Mouridiya a créé des centres scientifiques d’une importance capitale qui ont produit plusieurs générations de savants très qualifiés.

 

 

  1. Ses efforts dans le domaine de l’enseignement et de la formation

Ses efforts pour propager le savoir ne s’arrêtaient pas dans le domaine de la production des livres. Il accordait aussi une grande importance à l’enseignement et à la formation des masses. Avant le début de son appel et peu de temps après, il s’occupait à donner des enseignements théoriques sur les préceptes préliminaires du Fiqh et de Oussouloul-Fiqh à partir de livres sommaires conçus pour les débutants et des commentaires en marge des textes et des livres détaillés conçus pour ceux qui sont avancés dans les études. Cela était la coutume en vigueur dans les centres traditionnels de l’enseignement arabo-islamique connus sous le nom de «Majalis». Le Cheikh avait continué sur cette lancée jusqu’à ce qu’il décidât d’expérimenter une nouvelle méthode éducative qui réunissait l’enseignement fondamental de tout ce qui est lié à la religion, en plus de l’éducation spirituelle soufie basée sur les côtés pratiques. C’est dans ce cadre qu’il avait fait cette fameuse déclaration:

«Toute personne qui nous avait accompagné à des fins uniquement didactiques, désormais doit se réviser pour aller voir là où elle souhaite. Quant à celui qui poursuit les mêmes buts que nous, il doit suivre notre nouvelle démarche et rester sous nos ordres». Après cette déclaration, la majorité était partie pour aller voir ailleurs et il ne restait avec lui que très peu de fidèles selon l’expression de l’auteur du livre «Irwau-Nadim». C’est de ces derniers qu’est formé le premier noyau de la Mouridiya. (Voir Irwau-Nadim» P.62.)

  1. La place du savoir dans sa confrérie

Après avoir érigé sa méthode sur l’éducation spirituelle, le Cheikh a fait de la quête du savoir un principe de conduite et la promotion spirituelle, de même qu’il en a fait un des fondements de sa confrérie comme il l’explique dans son livre «Maghaliqoun-Nirany»:

Quiconque cherche à accéder au Majestueux doit se cramponner à la sunna du Prophète

En fréquentant un homme pieux qui ne dévie jamais de la voie droite, ni en public ni en privé

Qui le conduit par le savoir et par l’adoration de Dieu de même qu’il l’éduque par l’abandon des mauvaises habitudes

Le très grand érudit Cheikh Mouhamadoul Amine DIOP a fait état dans son livre «Irwau-Nadim» d’une lettre écrite par le Cheikh dans laquelle il ordonnait à tous les mourides, hommes et femmes, d’apprendre tout ce qui est lié aux dispositions juridiques de l’Islam, surtout les obligations personnelles:

«J’adresse ces propos à tous les disciples, hommes et femmes. Je vous annonce le meilleur salut qui vous protège tous et qui vous introduit dans la paix et dans la tranquillité Ici-bas et dans l’Au-delà par égard au Messager de Dieu (que la paix, le salut et la bénédiction d’Allah soient sur lui, sur sa famille et sur tous ses compagnons).

Cela dit, j’ai ordonné à tous ceux qui se réclament de moi pour l’amour de Dieu, le très Noble, d’apprendre tout ce qui est lié à la foi correcte, à l’unicité de Dieu, aux statuts de la purification, de la prière et du jeûne et tout ce qui est un devoir religieux pour toute personne responsable de ses actes. Quant à moi, je me suis chargé pour vous tous, hommes et femmes, d’écrire des ouvrages où toutes ces choses seront traitées pour l’amour de Dieu» (op.cit.P. 72)

 

  1. Son appel insistant à la nécessité de la quête du savoir

Le Cheikh insiste toujours à appeler à la quête de tous les savoirs utiles en général et des savoirs islamiques en particulier. Cet appel se manifeste à travers d’innombrables livres et à travers les différents conseils aux disciples mourides hommes ou femmes tel qu’il le dit ici:

«Ô Vous les jeunes! si vous craignez la honte commencez par chercher le savoir avant de passer à l’action

Il dit aussi à ce propos

«Ô vous les enfants! ne vous-détournez pas de la bonne voie et occupez-vous de la quête du savoir

Occupez-vous de la mémorisation et de la lecture et évitez d’assister aux assemblées de malheur

Il dit aussi

Précipitez-vous tous vers le savoir tout en visant à plaire à Dieu le Majestueux

Avant de devenir guide et de s’isoler avec les disciples

Il dit aussi tout en s’adressant à tous les mourides:

Il est de ton devoir, ô toi le disciple, de chercher le savoir car cela purifie des ténèbres

  1. Ses conseils concernant les buts du savoir

1) Les normes du savoir utile chez Cheikh Ahmadou Bamba

Le Cheikh a incité à la quête du savoir mais il se souciait beaucoup que ce savoir soit un savoir utile en soi, dans ses fins, dans la méthode de l’acquérir et dans la méthode de l’utiliser.

C’est dans ce cadre que le Cheikh a expliqué les buts, les normes et les conditions qui donnent à un savoir un caractère purement islamique et non un savoir qui détourne l’homme de Dieu ou qui l’empêche d’accéder au bonheur ici-bas ou dans l’Au-delà.

Il dit à ce propos:

Sachez, ô vous les hommes d’intelligence, que le meilleur savoir est ce qui vous rapproche de Dieu

Tels que le tawhîd, le fiqh, le tasawwuf et tout savoir utile

Le savoir utile dans la conception islamique est celui qui s’acquiert pour Dieu et qui mène à lui.

Le Cheikh dit:

Le vrai savoir est ce qui procure la crainte révérencielle de Dieu l’Omniscient Ainsi celui qui en est dépourvu est un ignorant fautif

Il dit aussi:

Celui qui n’est pas habité par la crainte révérencielle du Maître des univers n’est pas du tout un savant même s’il avait appris toutes les disciplines

2) Les objectifs du savoir

Du fait que le savoir n’est pas un but en soi mais un moyen pour réaliser des buts nobles. C’est pour cela que le Cheikh attirait beaucoup l’attention de ses disciples à ne pas oublier les nobles buts qu’ils doivent chercher quand ils apprennent. Il a désigné les motifs et les buts qui confèrent l’utilité au savoir en disant:

Visez quatre objectifs au moment où vous commencez à apprendre afin de trouver la bonne voie

Le premier de ces objectifs est de sortir de l’égarement tandis que le deuxième est d’être utile aux créatures du Majestueux

Le troisième est de revivifier les sciences le quatrième étant de mettre le savoir en pratique

  1. Le savoir utile et le savoir nuisible

Les sciences sont très nombreuses et surtout à notre époque qualifiée d’époque de la prolifération des connaissances et du progrès technique. Mais les sciences ne sont pas au même pied d’égalité car il y en a qui sont utiles et d’autres qui sont nuisibles, utilisées dans ce qui produit le malheur pour l’humanité toute entière. C’est pour cela que le Cheikh appelait fréquemment les mourides à chercher les savoirs utiles et à éviter tout savoir qui est nuisible pour l’humanité.

Il dit à ce propos:

J’ai dit que le diable maudit a trompé les gens et ils se sont occupés de ce qui mène au malheur

Ils se sont occupés de connaître ce qui ne profite pas dans la tombe et au jour de la résurrection

Et qui n’éloigne pas d’eux le châtiment de leur Seigneur le jour de la tristesse et ils pataugent activement dans l’insouciance et dans les passions

Car tout savoir n’est pas utile de même que tous les savants ne sont pas égaux

Il y a parmi les savoirs certains qui endurcissent le cœur et qui mènent à l’orgueil et l’oubli du Seigneur

De la même manière qu’il y a parmi les savants certains dont la rétribution, demain, sera la perdition et le blâme

  1. La classification des connaissances

D’un autre côté, le Cheikh nous dit que les connaissances utiles ne sont pas au même degré d’importance. Certains viennent dans l’échelle de priorité avant les autres. Et il dit à ce propos:

La meilleure des connaissances de façon absolue c’est, à l’unanimité, celle qui concerne l’unicité de notre Seigneur

Après, dans l’ordre d’importance, vient l’exégèse du Coran ensuite le Hadith d’après Ad- Daymânî

La meilleure après celle-ci et les deux précédemment citées est la science de la jurisprudence sans aucune fausse imputation

Après viennent les outils selon les besoins, ô vous qui aspirez à être des guides.

Telles que la grammaire, la métrique le lexique arabe et la rhétorique

  1. La vision de la Mouridiya à l’endroit du savoir

La vision de la Mouridiya à l’égard du savoir est une vision très progressiste et très rationnelle conformément à ce que prônent tous les hommes d’intelligence de l’Orient ou de l’Occident pour le développement de la science mais qui est, au-delà, utilisée parfois, à des fins sauvages et non humaines telles que la production des armes nucléaires ou des armes de destruction massives, au lieu, de les utiliser pour produire ce qui est utile à l’humanité sans destruction.

Le Cheikh était conscient du fait que le diable et ses acolytes vont tout faire pour empêcher les mourides d’apprendre. Ceci, en sous-estimant le savoir et les instruits par des paroles enjolivées en apparence, mais qui sont très dangereuses en réalité telles que le fait de dire: «la voie de l’aspiration à Dieu n’est pas à chercher dans les livres» ou le fait de dire que: «l’agrément du Cheikh ne s’acquiert pas par le savoir mais par l’attachement absolu». Et d’autres propos de cette nature prônés par les rebelles qui se disent mourides, pour égarer les masses et les exploiter pour la satisfaction de leurs passions diaboliques.

Le Cheikh a plusieurs fois attiré l’attention de ses disciples pour les mettre en garde contre ces gens.

Il dit à ce propos:

Celui qui vous interdit d’apprendre son interdiction relève de l’égarement

Il dit aussi:

Celui qui vous interdit d’apprendre il est le représentant du diable, le maudit, le coupable

Dans tous les torts qu’il causera et Dieu, qu’Il soit exalté! lui réglera ses comptes le jour de la rétribution et de la tristesse

Il dit aussi:

Car toute personne qui interdit d’apprendre à cette époque appelle

A une hérésie ignoble car l’action s’il n’est pas basée sur le savoir est toujours entachée de défauts

Il faut dire que la quête du savoir constitue un principe fondamental de la Mouridiya. Ce qui fait qu’un disciple mouride ne pourra jamais trouver aucun prétexte qui puisse le détourner du savoir. Et nous voici en train de citer Cheikhoul- Khadim qui bat en brèche ces allégations, dissipe les prétentions et met en garde contre ces gens, à travers ses propos et ses actes.

 

  1. LE ROLE DE LA MOURIDIYA DANS LE DOMAINE DE LA DIFFUSION DU SAVOIR

Conformément au rang très distingué qu’occupent l’apprentissage et l’enseignement dans la pensée de Cheikhoul-Khadim et dans sa mission, les mourides se sont donné corps et âme pour mettre en application les conseils et les orientations de leur grand maître. C’est dans ce cadre que certains ont pris, très tôt, sous ses ordres directs, l’initiative de créer des centres de mémorisation du Coran et des écoles d’enseignement arabo-islamique. Il ya parmi ceux-ci le Cheikh Ibrahima Faty MBACKE, le Cheikh Abdour-Rahmane LO, le Cheikh MBACKE BOUSSO et d’autres, qui sont innombrables.

Il y a aussi plusieurs érudits mourides qui ont une très longue expertise dans le domaine de la production intellectuelle et dans le domaine de l’enseignement. Nous citerons, à titre d’exemple, les suivants: le Cheikh Mouhamadoul-Amine GAYE, Ababacar DIAKHATE, le Cheikh Siré LO, le Cheikh Hassane NDIAYE, le Cheikh Ibrahima DIOP Al-Machary qui a écrit un recueil volumineux sur les éloges du Cheikhoul-Khadim, le Cheikh Mouhammad DIAW PAKHA, le roi incontestable de la grammaire arabe, le Cheikh Mor Ngoné FALL, le Cheikh Mor SY et autres…

Les efforts de ces grands érudits ont produit de très bénéfiques résultats dans la propagation du savoir, l’appui à la langue arabe et la production de plusieurs générations de savants pieux et pratiquants qui ont rendu de très grands services à l’Islam et à la connaissance dans différents domaines.

Dans les lignes qui suivent, nous allons mettre l’accent sur les plus importantes activités culturelles et scientifiques très distinguées de la part des mourides. De par ces contributions fournies grâce à leurs hautes ambitions et leur sincérité, ils ont pu rendre de très hauts services à l’Islam et à la science. Certaines de ces contributions se manifestent à travers plusieurs centres traditionnels de l’enseignement arabo-islamique et d’innombrables écoles arabes modernes répandues partout dans le pays.

 

PREMIEREMENT : LES CENTRES TRADITIONNELS D’ENSEIGNEMENT ARABO-ISLAMIQUE

Il y a plusieurs centres d’enseignement arabo-islamique fondés par le Cheikh lui-même pour l’enseignement et l’éducation. Il désignait à la tête de ces centres des hommes qu’il estimait très aptes et très qualifiés.

Ces centres sont notamment :

  1. Dâr al-Alîm al- Khabîr

Ce centre est un village à distance de quelques kilomètres de la ville sainte de Touba. Ce village a été fondé par le Cheikh pour l’enseignement et l’éducation en 1892 selon la version la plus exacte. Il avait choisi son disciple Abdour-Rahmane LO à la tête de ce centre et plusieurs générations ont mémorisé le Coran entre ses mains.L’auteur du livre «Minanoul-Baqyl-Quadim Fi Siratich-Cheikhoulm-Khadim» a décrit ce centre en ces termes:

«Une telle fonction ne cesse d’être exercée par Cheikh Abdour- Rahmane LO, celle d’enseigner le Coran et de corriger les copies de ceux qui écrivent le Coran, jusqu’au moment où j’ai commencé à rédiger ce livre en l’an 1353 de l’Hégire. Par la grâce de Dieu, il continuait à servir le Coran et à servir les autres par le Coran depuis plus de quarante ans. Parmi tous ceux que j’ai vus, je n’ai jamais vu, je n’ai jamais trouvé une personne qui donne un enseignement plus béni que lui ni quelqu’un qui soit plus fort que lui dans le domaine du Coran qu’il récite pendant la journée une fois ou même plusieurs fois, sans que cela ne l’empêche de s’acquitter de ses autres obligations tels que le fait d’enseigner, de bien accueillir les hôtes et d’entretenir sa famille et on ne voit aucun signe de fatigue sur lui» (voir le Cheikh Mohamadoul-Bachir MBACKE Minanoul-Baqil-Qadim).

Il faut signaler que cette école spécialisée dans le domaine de la mémorisation du Coran se distingue par le fait qu’un grand nombre de femmes telles que les filles de Cheikhoul-Khadim et d’autres filles des membres de sa famille y ont mémorisé le Coran et on trouve dans la ville de Touba des copies du Coran écrites par celles-ci.

  1. Al- Azhar

Al- Azhar est le nom d’un village à distance d’un demi-kilomètre de Dâr al- ‘Alîm al- Khabîr. Ce village abritait une école spécialisée dans l’enseignement des sciences arabo-musulmanes. Elle était sous la direction du Moufti, le grand érudit Cheikh MBACKE BOUSSO.

C’est cette école qui s’est déplacée après au village de Guédé au nord de Touba. Cette école est devenue très célèbre grâce à ses très distingués ressortissants.

  1. L’école de Mame Thierno Ibrahima

C’est quand le Cheikh s’apprêtait à aller à son exil au Gabon qu’il a désigné son frère et disciple le Cheikh Ibrahima pour porter le flambeau de l’appel islamique et il était secondé dans cette mission par les grands ressortissants de son école. Il était un savant très pieux. L’auteur du livre «Irwau-Nadim» dit à son sujet: «les gens le citaient comme un exemple de droiture» (Irwau-Nadim P.156).

Il avait accompli cette mission de la façon la meilleure. C’est après son décès qu’il sera succédé dans ces tâches par son fils nommé Cheikh Mahmoudane Kosso de la main de qui sont sortis plusieurs érudits.

  1. L’école du Cheikh Mouhammad DEME à DIOURBEL

Le Cheikh Mouhammad DEME (1885-1967) est l’un des célèbres savants de son temps. Il avait commencé ses études entre les mains de son père puis entre les mains du grand Moufti de la voie de la Mouridiya Cheikh MBACKE BOUSSO avant de voyager en Mauritanie. Il a fait acte d’allégeance au grand Cheikh en 1916. Et c’est en 1919 qu’il s’est fixé à Diourbel sous les ordres du grand Cheikh et y a élu résidence jusqu’à la fin de sa vie. Cet érudit a écrit plusieurs ouvrages en arabe et en wolof portant sur de différentes disciplines telles que le Fiqh, la grammaire et l’exégèse du Coran. Quant à ses élèves, ils sont innombrables et ils sont devenus tous des imams de mosquée, des juges de tribunaux, des directeurs d’école, des écrivains et des poètes.

Ces très vertueux fils qu’il a éduqués dans la voie de la science et de la religion, ont continué la course jusqu’à nos jours (que Dieu les récompense de la façon la meilleure pour tous les services rendus à l’Islam et aux autres musulmans).

  1. L’école du Cheikh Mor MBAYE CISSE pour la mémorisation du Coran

Cette école coranique du Cheikh Mor MBAYE CISSE se trouve elle aussi à Diourbel et elle a joué un rôle historique dans le domaine de la mémorisation du Coran de plusieurs générations. Elle était le point de ralliement des apprenants venant de toutes parts et surtout du Saloum et de Dakar. Cette école a fait naître deux autres très grandes écoles à Diourbel sous la supervision du Cheikh Malick DIENG (que Dieu lui accorde Sa miséricorde) et du Cheikh Moustapha GUEYE.

  1. L’école du Cheikh Mouhamadoul Amine DIOP (décédé en 1968)

Il est considéré comme l’un des plus célèbres savants de la Mouridiya. Il a écrit plusieurs ouvrages. Le Docteur Mouhammad CHAQRONE disait à son sujet:

«Le Cheikh Mohamadoul-Amine DIOP a consacré tous ses soins pour écrire des ouvrages sur le Mouridisme et sur son fondateur le Cheikh Ahmadou Bamba». Il est à coup sur son biographe et il nous a laissé:

Irwâ an- nadim min ‘adb hubb al- khadîm

Ighnâ al- ‘adîm fî khabâyâ awrâd al- khadîm

Al- minah al- miskiyya fi-l khawâriq al- makkiyya

Son centre d’enseignement faisait venir les apprenants de toutes parts et il entretenait des échanges scientifiques avec des savants en Mauritanie.

  1. L’école du Cheikh Abdour-Rahmane BOUSSSO

C’est lui qui avait été désigné Imam de la grande Mosquée de Diourbel après le décès du Cheikh Mohamadoul-Amine DIOP cité plus haut. Son centre a lui aussi été un des plus importants et des plus célèbres centres d’enseignement qui attirait les élèves de toutes les régions.

  1. L’école du Cheikh Habiboul-Lahi

Cette école a une importance particulière du fait qu’il constitue le premier centre d’enseignement à Touba du point de vue de sa continuité et du grand nombre d’aspirants qui y ont fait leurs études.

Le Cheikh Habib est né en l’an 1325 de l’Hégire /1907 du calendrier grégorien au moment où le Cheikh vivait sous résidence surveillée au Djolof. Son père qui était un oncle de Cheikhoul-Khadim est décédé deux ans après. Ce qui a fait que Serigne Habibou a été éduqué sous le giron du Cheikh. Il a commencé à apprendre entre les mains du Cheikh Ibrahima sous les ordres du Cheikh. Il a mémorisé le Coran avant de commencer à apprendre les sciences arabo-islamiques, Cheikh Mouhammad DEME, précédemment cité, est l’un de ses maîtres dans ce domaine.

C’est en 1931 qu’il est parti pour un village nommé «Tiarène» pour s’y adonner à des activités agricoles dans le but de se procurer des moyens d’aller poursuivre ses études en Mauritanie, mais le Cheikh Mouhammad Moustapha, le premier Calife général des mourides, l’appela à ce moment-là à Touba où il arriva le 12 Shawwâl de la même année où la première pierre de la Grande Mosquée de Touba a été posée.

C’est ainsi qu’il commença à exercer sa mission d’enseignement à Touba jusqu’en 1947, année du décès du premier Calife des mourides. C’est après cette année qu’il quitta Touba pour se rendre dans un village nommé «Missirah» puis dans un autre village nommé «Darour-Rahmane» où il vécut six (06) ans avant de se rendre au village «MBoul-Kaël» pour y rejoindre le fils de Bamba, le Cheikh Mohamadoul- Bachir MBACKE…

Pendant cette période, son école se développait avec l’arrivée d’élèves en provenance de toutes parts.

C’est en 1968 que le Cheikh Shouhaibou, l’un des fils du Cheikh Ahmadou Bamba, le fit revenir à Touba pour exercer la même mission. Il y restera jusqu’à son décès en 2005 (que Dieu lui accorde miséricorde pour tout ce qu’il a donné à l’Islam et aux musulmans).

Il sied de signaler que des générations et des générations ont fait leurs études dans cette école. Et on doit surtout souligner le rôle que son fils Mohamadoul- Bachir a joué en créant une annexe pour la mémorisation du Coran à côté de cette école, dont le nombre des élèves a atteint 550. Il y a aussi une autre annexe dans le village de «MBoul-Kaël» avec 100 élèves. Et c’est lui qui prend en charge tout ce qui est lié aux études, à l’hébergement et à la vie de tous ces élèves. C’est son cousin Mohamadoul-Amine Ibnou Abdoul-Magid qui supervise le centre et l’enseignement.

  1. Les écoles du Cheikh Saliou MBACKE, le cinquième Khalife général des mourides

Cheikh Saliou MBACKE, le cinquième Calife général des mourides est considéré comme l’un des plus grands parrains de l’enseignement arabo-islamique au Sénégal, pour ne pas dire même dans le monde. Il avait sous sa supervision plusieurs centres d’éducation au nombre de 28 avec 10 000 élèves environ et 336 enseignants. Et c’est Cheikh Saliou qui prenait tout ce grand nombre en charge

Ces centres jouent un grand rôle dans le domaine de la mémorisation du Coran et dans le domaine de l’enseignement de toutes les disciplines de la connaissance et du savoir. Ceux qui ont fait leurs études dans ces centres ont pu produire des ouvrages portant sur différentes disciplines telles que la logique, la méthodologie de la jurisprudence islamique, le moustalahoul-hadith, le soufisme, le fiqh, la conjugaison et la poésie.

  1. La grande Mosquée de Touba

La grande Mosquée de Touba abrite en son sein plusieurs cercles d’enseignement arabo-islamique. C’est le grand maître Mbacké DIAKHATE qui supervise tous ces cercles d’enseignement depuis 1963 sous les ordres du deuxième Calife, le Cheikh Mohamadoul-Fadil, après l’inauguration de la grande Mosquée.

Ces activités scientifiques continuent jusqu’à nos jours au sein de la grande mosquée de Touba.

Un grand nombre de prédicateurs et d’hommes de science ont fait leurs études dans ces cercles. On trouve aussi du côté ouest de la grande Mosquée le cercle du Cheikh Moustapha MBAYE qui a une très bonne réputation dans le domaine de l’enseignement de toutes les disciplines liées aux sciences islamiques et arabes.

  1. L’école du Cheikh Abdou-Rahmane MBACKE à Daroul-Mouhty.

Cette école revêt une très grande importance scientifique. Elle est sous la supervision du Cheikh Abdour-Rahmane Abdoul-Quoudoss depuis plus d’un quart de siècles.

Ce Cheikh se distingue surtout par le fait d’utiliser une nouvelle méthode qui a un rendement très positif, car en parfaite conformité avec les conditions de tous les apprenants. Cette méthode consiste à enregistrer les leçons dans des cassettes ou dans des C.D. Cette méthode a permis d’enregistrer la plupart des livres classiques au grand bénéfice du plus grand nombre d’adultes et autres personnes dont la situation ne permet plus d’aller fréquenter les séances de l’enseignement.

 

 

DEUXIEMEMENT : LES ECOLES ISLAMIQUES MODERNES

L’enseignement arabo-islamique se pratiquait au sein du Mouridisme sur la base de la voie traditionnelle. Mais après la fin des années 50 du XX° siècle beaucoup d’étudiants sénégalais qui faisaient leurs études à l’institut de Boutlimit en Mauritanie et d’autres instituts tunisiens ou algériens sont revenus au Sénégal.

Avec le retour de ces étudiants, ils ont suggéré au Cheikh Ahmad MBACKE l’idée de la création d’instituts à l’instar de celui de Boutlimit qui était appuyé par les autorités coloniales.

C’est à partir de ce moment qu’une nouvelle ère a vu le jour, favorisant la création d’écoles arabes modernes sous la bannière du Cheikh Ahmad MBACKE et de son oncle Cheikh Mohamadoul-Mourtadha que Dieu leur fasse la plus belle part de sa miséricorde.

  1. les écoles du Cheikh Ahmad MBACKE

Cheikh Ahmad MBACKE, le premier fils du premier calife Mohamadoul-Moustapha est considéré comme le pionnier de l’école moderne de l’enseignement arabo-islamique, au sein du Mouridisme. Le Cheikh avait commencé par demander au gouvernement de revoir le système d’enseignement et de le modifier radicalement, pour qu’il soit en conformité avec les croyances du peuple.

Quand ses demandes n’eurent pas trouvé un écho favorable de la part des autorités, il s’engagea corps et âme dans son propre projet d’enseignement pour réaliser ses objectifs à lui. C’est ainsi qu’il contacta des experts dans ce domaine à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. C’est par la grâce de Dieu que ses efforts ont été couronnés de succès et qu’il put ouvrir son premier centre moderne d’enseignement arabe à Touba en 1957 après avoir reçu son autorisation des autorités coloniales.

C’est en 1958 qu’il put construire un autre centre à Diourbel, sous la direction du Cheikh Mouhammad DEME et de sa famille.

Cet institut a joué un rôle historique pour la formation d’un très grand nombre d’intellectuels et de cadres arabisants de très haut niveau.

Ses efforts ont aussi favorisé la création de très nombreux centres d’enseignement répandus dans les quatre coins du pays. Ce Cheikh a aussi joué un grand rôle pour encourager les activités culturelles islamiques. Il avait aussi l’habitude de donner aux étudiants et aux apprenants de très grandes sommes d’argent en don pour les encourager. Il faisait ces gestes avec les étudiants sénégalais à l’étranger. Il leur rendait souvent visite dans les universités où ils étudiaient pour s’enquérir de leurs conditions de vie et orienter leurs spécialisations.

Cheikh Malick TOURE (Maodo), fils du Cheikh Hady TOURE dit à son sujet:

Il a combattu l’ignorance par l’épée de son savoir et a combattu la pauvreté par la largesse de sa générosité

Combien sont nombreux les étudiants qu’il a convoyés pour qu’ils puissent étudier, comprendre la religion et être bien guidés!

Combien d’écoles qui apprennent aux gens la foi musulmane dans tous les villages!

Dans le domaine de l’éducation, il a réalisé les aspirations du serviteur du Prophète, l’Elu

Il a construit des centres d’orientation et de prospérité Il a vraiment réalisé les objectifs de l’appel islamique

Il a entraîné les mourides sur la voie de la droiture et il a éloigné d’eux le malheur et la tristesse

  1. la Fondation Islamique Al-Azhar

La fondation intervient dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement. Elle est considérée du point de vue du volume et de l’expansion démographique comme l’une des plus grandes institutions privées en Afrique de l’Ouest dans ce domaine.

Cette institution a été fondée par le très grand militant des causes islamiques, le Cheikh Mohamadoul-Mourtadha MBACKE, le benjamin des fils de Cheikhoul- Khadim. Le premier institut de cette fondation a été inauguré le 27 Avril 1975 à Daroul-Alimoul-Khabir au sud de la ville de Touba. C’est après que les inaugurations se sont succédées dans beaucoup de villes et de villages du Sénégal. Ce qui a permis à cette fondation de jouer un rôle très distingué pour propager le savoir, la science et l’enseignement arabo-islamique.

Cette fondation a aussi des annexes à l’extérieur du Sénégal. C’est en 1994 que la fondation islamique Al-Azhar a inauguré un institut annexe à Abidjan, ancienne capitale de la Côte d’Ivoire. C’est après que l’inauguration d’autres annexes au Cameron, en Italie, en France et en Amérique s’est déroulée. Dans tous ces pays, se trouvent des centres et des cercles d’étude sous la supervision de grands intellectuels qui ont fait leurs études dans les universités des pays arabes et qui ont été envoyés dans ces pays par la Fondation pour se charger de l’enseignement et de l’éducation religieuse pour le bénéfice des immigrés et de leur famille. Ceux qui ont obtenus leur BFEM sont au nombre de 2141 et 215 autres ont obtenu le baccalauréat.

Actuellement, 37 étudiants et étudiantes de cette fondation poursuivent leurs études dans les universités des pays arabes dont 27 inscrits pour le troisième cycle pour obtenir le master et le doctorat.

Il est actuellement prévu de créer une université dont des travaux de construction sont déjà entamés. Le but de la création de cette université est de permettre aux bacheliers de cette fondation et autres de pouvoir poursuivre leurs études universitaires, car le nombre de ces bacheliers en arabe augmente d’une manière que ne peuvent pas absorber les bourses données par les pays arabes.

 

 

TROISIÈMEMENT : LES INSTITUTIONS ÉDUCATIVES POUR LES FILLES

  1. Le Daara Mâm Diâra de Porokhane

Créé par le petit fils du Cheikh, Serigne Moustapha Bassirou, dans le cadre de la fondation « Mame Diaara » qu’il a mis sur les fonds baptismaux, le DMD de Porokhane est un institut islamique exclusivement destinée à l’enseignement du Coran, des sciences religieuses, de la formation professionnelle des jeunes filles qui portent le nom de la sainte mère du Cheikh. C’est ainsi que le « Daara Mame Diaara » qui compte un effectif annuel de près de 400 pensionnaires depuis sa création en 2004, a vu en 2014, la sortie de 135 jeunes filles qui ont parfaitement maîtrisé le saint Coran et acquis les bases des sciences islamiques, 48 ont même rédigé le livre saint de mémoire. De plus depuis quelques années les filles de cette institution remportent quasiment tous les concours mixtes de maîtrise du Coran dans le pays. L’une d’elles a représenté le Sénégal en Malaisie pour un concours international avec des centaines de participants. Elle a pu terminer parmi les dix premières places. Cet institut sans pareil en Afrique, où les pensionnaires sont prises en charge gratuitement est l’exemple type de l’importance accordée à l’éducation de la musulmane en milieu mouride.

  1. Les internats coraniques pour filles, quelques exemples :

Dans le même domaine éducatif, on peut citer également l’exemple de Sokhna Mously bint Serigne Moustapha Fallilou Mbacke (Serigne Modou Bousso Dieng) qui travaille depuis plusieurs années avec beaucoup de courage dans l’enseignement privé. Elle a créé sur fonds propres un jardin d’enfants islamique, une école primaire et un internat coranique pour filles à Touba. Sokhna Mame Awa Deme fait également partie des pionnières dans le domaine de la création de Daara coranique et d’écoles franco-arabe à Keur Massar.

 

 

QUATRIÈMEMENT : LES RÉSULTATS ET LES IMPACTS

Il est tout à fait loisible de constater, à travers les lignes qui précèdent, que j‘ai essayé de donner une image très expressive concernant la contribution de la Mouridiya dans le domaine de la propagation de l’enseignement arabo-islamique. Et il faut dire qu’il existe d’autres innombrables écoles que nous n’avons pu évoquer. Mais les exemples d’écoles que nous avons donnés suffisent pour montrer que les centres traditionnels d’enseignement ainsi que les écoles arabo-islamiques modernes des mourides ont joué un rôle très important pour diffuser la langue arabe non seulement à l’intérieur du Sénégal mais aussi à l’extérieur. Tout cela montre aussi que les Cheikhs et oulémas de la Mouridiya ont résisté à l’agression culturelle occidentale et ils ont contrecarré les tentatives de l’occidentalisation de l’enseignement de la part des autorités coloniales et de leurs Suppôt s en multipliant la création d’écoles arabo-islamiques dans tous les coins et recoins du Sénégal pour contribuer à fortifier et à appuyer la langue arabe. Tous ces efforts ont donné notamment les résultats suivants:

– prolifération des écoles arabo-islamiques et adhésion des populations à ces écoles

– multiplication des écoles coraniques dans les villes et dans les villages

– abondance de la production littéraire et scientifique au sein de la Mouridiya

 

lll- CONCLUSION

Nous avons pu, dans la première partie de cette étude, projeter la lumière sur la place qu’occupe le savoir dans les enseignements du Cheikhoul-Khadim et nous avons pu montrer comment durant toute sa vie il s’est occupé de la quête du savoir de l’enseignement et de la production écrite et comment il a incité les gens à aimer le savoir de même que nous avons pu montrer la place qu’occupe le savoir dans la voie soufie qu’il a fondée. Cette voie dont la quête du savoir est l’un des fondements et principes essentiels. Nous avons aussi vu comment le Cheikh a utilisé le savoir comme un outil très efficace pour faire réussir sa réforme religieuse et sociale.

Dans la deuxième partie, nous avons aussi projeté la lumière sur les efforts très louables déployés par les Cheikhs et les dignitaires mourides dans le même domaine. Tout cela pour appliquer les enseignements et les conseils du Cheikh fondateur et nous avons vu les différentes activités entreprises par la confrérie pour accomplir cette mission. Tout cela à travers des centres et des cercles d’enseignement traditionnel dans l’enceinte des mosquées et dans des écoles coraniques. Nous avons aussi vu la modernisation apportée par certains dignitaires mourides aux systèmes de l’enseignement traditionnel.

Il reste à préconiser ici, la nécessité de continuer dans cette marche et de tout faire pour relever les innombrables défis qui se dressent devant la marche du savoir au sein de la Mouridiya. Nous insistons aussi sur la nécessité de relever les défis de l’époque à la lumière de la méthode de Cheikhoul-Khadim dans le domaine de la réforme religieuse et sociale (que Dieu l’agrée. Amine).

 

Serigne Chouaïbou (Abo) KEBE