La paix dans les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba

Dr-Khadim-SyllaLA PAIX DANS LES ENSEIGNEMENTS DE CHEIKH AHMADOU BAMBA, LE SERVITEUR DU PROPHETE(PSL)

 

Par Dr Khadim SYLLA

 

 

INTRODUCTION

Le monde connaît depuis quelques décennies et dans ses différentes parties de multiples conflits. Les causes sont certes différentes, mais dans la plupart des cas, ces conflits sont dus à l’absence de l’esprit de tolérance et au recours abusif à la violence.

Dans un tel contexte, il devient impérieux à tout le monde de rechercher des alternatives crédibles sur lesquelles pourront se bâtir des relations de coopération et de bon voisinage à la place des relations de tension et de violence auxquelles nous assistons. Et à ce propos, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké est, à notre avis, une des références dont la vulgarisation des enseignements et de la conduite est utile pour asseoir les valeurs de tolérance et de paix, aussi bien entre les individus que les nations du monde.

Le Cheikh, en sa qualité de Rénovateur de l’Islam, incarne aussi bien dans ses écrits que dans sa pratique, les valeurs de tolérance et de paix.

C’est ainsi qu’il a su défendre les valeurs de tolérance dans la manière la plus noble et la plus parfaite et ceci aussi bien dans ses relations avec les individus, qu’avec l’autorité politique et administrative du Sénégal de l’époque dans la pure tradition musulmane.

Nous nous proposons ici d’exposer les comportements du Cheikh qui symbolisent ces deux principes islamiques après un rappel de leurs principes dans le Coran et la Sunna du Prophète.

  1. L’ATTACHEMENT DE L’ISLAM A LA PAIX

Une telle opportunité offerte par ce texte ne peut suffire pour faire le tour de tous les aspects de l’attachement de l’Islam à la Paix, mais nous allons nous contenter de donner quelques illustrations. Et il serait bon de noter dès le départ que les termes «Islâm» et «Salâm» ont la même racine en arabe.

  1. /L’appel de l’Islam à la paix, à la sécurité et à la stabilité par l’exhortation faite au musulman d’avoir de l’amour et de la sympathie envers son prochain.

La première manifestation de la préoccupation de l’Islam à la paix est l’appel lancé à tous les musulmans d’œuvrer à tout ce qui peut inciter à réaliser la sécurité et la stabilité dans la société.

Les recommandations suivantes vont dans ce sens:

  1. L’obligation faite au musulman d’adresser le salut à un autre musulman rencontré sur son chemin et l’obligation faite au destinataire de répondre par un meilleur salut.

Dieu dit: «Si on vous fait une salutation, saluez d’une façon meilleure; ou bien rendez – la (simplement), Allah tient compte de tout» (S.4 V.86) «… quand donc vous entrez dans les maisons, adressez-vous mutuellement des salutations venant d’Allah, bénies et agréables…» (S.24, V.61).

A noter que la salutation de l’Islam est une prière que le musulman adresse à ses interlocuteurs pour que Dieu répande sur eux la Paix et la bonne santé dont la formule est «Que la Paix de Dieu, sa miséricorde et sa bénédiction soient sur vous».

  1. La lutte contre toutes les formes de violence et les facteurs de destruction afin que règnent la Paix et la stabilité dans le monde entier.

Pour ce faire, l’Islam a combattu en premier lieu le racisme car Dieu nous dit: “Ô Hommes! craignez votre seigneur qui vous a créés d’un seul être et a créé de celui-ci son épouse (Eve), et qui de ces deux là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d’hommes et de femmes. Craignez Allah au nom duquel vous vous implorez les uns les autres, et craignez de rompre les liens du sang. Certes Allah vous observe parfaitement” (S.4, V.1).

Et pour attirer l’attention sur l’unicité de l’origine humaine, Dieu dit: “Ô hommes! nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entraidiez des relations entre vous. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand Connaisseur.” S49, V.13.

Un tel verset véhicule une sagesse, à savoir que la division observée au niveau des descendants d’Adam en différents peuples et tribus, de différentes langues et couleurs, de richesses et de connaissances différentes, est une incitation à établir les échanges aussi bien des connaissances que des richesses, car aucun peuple ne peut se passer des autres quel que soit son niveau de développement et de croissance.

Ainsi, l’établissement de bonnes relations ne peut que faciliter les rapports entre les hommes et aider à trouver des résultats positifs. Par ailleurs, l’Islam a combattu dès son avènement tous les facteurs de troubles et d’instabilité existant entre les peuples, tels que l’injustice et le manque d’équité lors des témoignages. Dieu dit: «… et quand vous jugez entre des gens, (Dieu vous ordonne) de juger avec équité…» (S.4, V.58), ou ce verset: «Ô les croyants! Observez strictement la justice et soyez des témoins (véridiques) comme Allah l’ordonne, fût ce contre vous-même, contre vos père et mère ou proches parents” (S.4, V.135), ou encore ce verset: “Ô les croyants! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allah et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité car cela est plus proche de la piété. Et craignez Allah, car Allah est certes parfaitement connaisseur de ce que vous faites” (S.5, V.8).

  1. L’élaboration de règles régissant les relations entre le musulman et son frère de religion.

S’agissant de telles relations, Dieu nous dit dans le Coran:

«Les croyants ne sont que des frères. Et établissez la concorde entre vos frères, et craignez Allah, afin qu’on vous fasse miséricorde» (S.49, V10). Il dit aussi: «Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable. Car ce seront eux qui réussiront.” (S.3, V.104).

ou encore: «Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et se sont mis à disputer, après que les preuves leur furent venues, et ceux – là auront un énorme châtiment» (S.3, V.105).

Toujours sur le devoir de conciliation et d’unité, Dieu dit: «Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux. Si l’un d’eux se rebelle contre l’autre, combattez le groupe qui se rebelle, jusqu’à ce qu’il se conforme à l’ordre d’Allah. Puis, s’il s’y conforme, réconciliez-les avec justice et soyez équitables car Allah aime les équitables» (S.49, V.9). Il dit par ailleurs: «Celle-ci est votre communauté, étant une seule et unique communauté, et c’est Moi qui suis votre Seigneur. Craignez-moi donc» (S. 23, V. 52).

  1. L’appel de l’Islam à la tolérance.

Incitant les croyants au pardon, Dieu dit: «La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami intime, mais (ce privilège) n’est donné qu’à ceux qui endurent et qu’il n’est donné qu’au possesseur d’une grâce infinie» (S.41, V.34-35).

Incitant aussi à l’amour du prochain le prophète dit: «Je jure par celui qui tient mon souffle, vous n’entrerez au Paradis qu’après avoir fait preuve de foi, et vous n’aurez la foi que si vous vous entraimiez».

S’agissant maintenant de la tolérance du musulman envers un non-musulman, Dieu dit: «Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables» (S.60, V.8).

Il dit aussi: «Et ne discutez avec les gens du Livre que de la meilleure façon» (S.29, V.46).

Et il dit par ailleurs: «N’injuriez pas ceux qu’ils évoquent, en dehors d’Allah car, par agressivité, ils injurieraient Allah, dans leur ignorance» (S.6, V.108).

L’islam a également combattu tout ce qui peut conduire à l’adversité et aux troubles comme le fait de contraindre les gens à embrasser une religion qui ne leur convient pas. Et à ce propos Dieu dit: «Nulle contrainte en religion! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement…» (S.2, V.256), ou ce verset: «Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru en DIEU. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants?» (S. 10, V. 99), ou encore ce verset: «Et dis: la vérité émane de votre Seigneur. S’Il veut que quelqu’un croit, il croira, , s’Il veut que quelqu’un soit des mécréants, il en sera ainsi» (S. 18, V. 29).

Tout ceci prouve que l’Islam a toujours veillé à la paix et à la tolérance, et il n’y a donc rien de plus naturel que de voir Cheikh Ahmadou Bamba incarner de tels principes

  1. LA PLACE DE LA PAIX DANS LES ENSEIGNEMENTS DU CHEIKH

Naturellement, la vie d’un rénovateur comme Cheikh Ahmadou Bamba ne pouvait être que l’incarnation et la confirmation des principes de paix et de tolérance prêchés par l’Islam, comme nous l’avons dit tantôt. Et nous produisons ci-dessous quelques positions du Cheikh qui prouvent son attachement à ces principes.

  1. / Sa conviction profonde en la paix

Le Cheikh est arrivé à la conclusion que la guerre et l’usage de la violence mènent à la perte en vies humaines et à la ruine, en plus de tout ce qui peut en découler comme arrêt des activités économiques et culturelles. Ainsi, il s’est remis à Dieu en choisissant la voie de la paix comme il le proclame dans les vers suivants:

Tu as amélioré ma situation, sans que je ne fasse le déplacement, oriente les miens vers la bonne voie par mon intermédiaire, sans douleur ni peine

Après une prière éternelle (sur le Prophète) ainsi que sur sa famille et ses justes compagnons, et rénove la voie par Mon intermédiaire, sans adversité ni douleur.

C’est grâce à lui (le Prophète) que nous nous sommes passés à jamais de la guerre et de l’humiliation c’est grâce à lui que nous avons la quiétude et que mes oeuvres à son profit sont agrées.

Dans les deux premiers vers, apparaît son imploration à Dieu dès le début de lui choisir la voie de la paix et de le diriger vers le succès dans sa prédication loin de toute violence. Tandis que le dernier vers nous montre qu’il ne s’est jamais détourné de cette voie malgré les multiples provocations de la part aussi bien des autorités coloniales que de l’aristocratie locale.

En fait, le cheikh fait allusion dans ce vers à trois réalités qui ne sont perceptibles que pour ceux qui connaissent les circonstances et les événements qui ont marqué cette époque. C’est ainsi qu’il dit s’être passé des armes dans sa prédication tout en étant préservé de l’humiliation –qui veut dire, ici, compromis au détriment de ses principes- et des troubles qui caractérisaient cette époque, vu les conflits entre les occupants et ceux qui résistaient par les armes. Pour prouver la quiétude dont il parle ici, il suffit de signaler que nombre de ceux qui étaient parties à ces conflits se sont, par la suite, débarrassé de leurs armes et sont devenus des adeptes du cheikh (Lat Dior, Bour Sine Coumba NDofène, Alboury Penda, pour ne citer que ceux-là).

Sa conduite et ses agissements envers tous, y compris ses ennemis, étaient dictés par les principes de la non-violence. Mais malgré la démarche de Paix du Cheikh, l’ennemi persista à l’accabler d’accusations et décida de l’exiler du pays. Et lorsque quelques uns de son entourage, craignant pour sa vie et pour l’avenir de son appel, voulurent le convaincre d’user de la force pour se défendre et préserver ses principes, sa réponse fut ses vers:

Je cherche refuge auprès d’Allah contre tout mal et tout maudit,

En réservant à mon Seigneur toute ma préoccupation espérant qu’Il m’abreuve d’une source intarissable,

En m’accrochant au Livre (le Coran) tel un aveugle à la main de son guide

Ce qui veut dire, en substance, laissez-moi continuer sur la voie que j’ai choisie, à savoir me retourner vers Dieu dans toute circonstance et me réfugier en Lui pour qu’Il me protège des ennemis et qu’Il me renforce de moyens pacifiques pour me défendre.

Il a composé aussi à l’adresse des ennemis un poème dont le préambule est:

Ô Vous qui par ignorance professez la trinité à l’égard de DIEU, Celui-là qui n’a point engendré et n’a pas été engendré

Vous m’avez fait sortir de ma demeure au motif que je suis l’adorateur de Dieu et que je mène le jihâd

Et vous avez prétendu qu’il y a des armes chez nous, et chacun d’entre vous nourrit haine et jalousie.

Vous dites la vérité, car je suis Son adorateur et le serviteur de l’adorateur de Dieu, Lui qui rend grâce

C’est aussi vrai si vous dites que je mène le jihâd, car, pour l’amour de Dieu le Majestueux, je mène le jihâd

Moi, je mène le jihâd par les sciences et la piété, étant un adorateur de Dieu au service du Prophète; et Dieu le Maître Absolu en est le témoin

Il a indiqué par ces vers que son crime a été d’être adorateur de Dieu et serviteur du Prophète –Paix et Salut sur lui- que l’accusation portée contre lui de détenir des armes n’est que le fruit d’une animosité et que son jihâd repose sur la composition d’ouvrages, la quête de sciences utiles et la création d’écoles où ces sciences pourraient être enseignées, et que la piété évoquée dans le dernier vers est sa visée dans l’œuvre d’éducation de ses disciples aussi bien pour leurs relations entre eux qu’avec les autres.

C’est cette piété, en d’autres termes ces valeurs morales, qui peut garantir la paix et le salut dans la société car la corruption des mœurs et la propagation de l’animosité et des différentes formes de violence et d’injustice proviennent essentiellement du peu d’intérêt accordé aux valeurs morales dans les programmes scolaires.

Dans cette même lancée, il dit ceci:

Mes écritures remplacent les armes et les déplacements à la recherche des maîtres spirituels

Parmi les exemples qui expliquent mieux son attachement à cette voie (faire le jihâd par le savoir et la piété tout en renonçant à la violence), ce qu’il a fait des armes des anciens ceddo qui ont rejoint ses rangs. Il en a fait faire des tablettes pour l’enseignement du Coran et des outils pour cultiver la terre ; une manière de montrer que le progrès d’une société est lié au savoir, au travail et aux valeurs morales comme il a eu à le démontrer dans nombre de ses écrits.

Le savoir et l’action son deux joyaux qui procurent le bien de ce bas monde et de l’au-delà

ou:

Sache, O frère! que le savoir et l’action sont les deux voies qui mènent à la félicité sans aucun doute

ou encore:

Sache que la valeur des hommes dépend de leur savoir et de leur piété

Vu tout ce qui précède, lorsque ses disciples furent persécutés par les souverains et leurs valets, le Cheikh leur inculqua la patience et l’imitation des compagnons du Prophète qui sont leurs devanciers dans la foi.

Après l’échec des manœuvres répétées de ses ennemis contre lui, il se refusa à les calomnier, mais au contraire il leur accorda son pardon, sans aucune rancune comme il le dit dans ces vers:

J’ai pardonné à tous mes ennemis pour l’amour de DIEU qui les a dirigés vers autre que moi, je ne riposte jamais

Nous ne pouvons pas manquer aussi de rappeler deux attitudes du Cheikh où il fait preuve de tolérance, de pardon et de refus de faire le mal.

La première attitude est relative à son séjour en Mauritanie durant lequel un Maure fut mandaté pour l’assassiner. En effet, lorsque celui-ci échoua dans sa tentative et que les disciples du cheikh mirent la main sur lui et s’apprêtèrent à lui infliger une correction, le cheikh les en a empêchés et leur a ordonné de l’éloigner discrètement pour ne pas mettre sa vie en danger.

La deuxième attitude est celle qui lui a inspiré son poème dont les vers commencent par les lettres des attributs divins « Rahmân» et «Rahîm», à savoir l’attaque contre sa maison de Dâr Al- Mannân (Darou Marnane) en 1903 consécutive à des accusations de détention d’armes. En effet, lorsque certains disciples lui proposèrent d’ordonner la riposte, le cheikh ne s’est pas contenté de rejeter la proposition, il a aussi ordonné à ses disciples d’évacuer la maison et de le laisser avec les assaillants. Et au moment où les soldats armés assenèrent des coups de sabre aux murs et remuèrent meubles et objets, le Cheikh lui, dans un calme total, invoquait la miséricorde de Dieu pour toute l’humanité et Le priait de ne pas châtier ceux qui s’attaquaient à sa maison.

Ô Tout Miséricordieux, accorde Ta miséricorde à toutes les créatures la miséricorde de Celui qui épargne du mal celui qui récite Son Coran

Protège les musulmans de tout mal et aie pitié de tous les êtres humains, Ô Toi qui as créé leur ancêtre

Ô Détenteur du royaume, Toi qui es au-dessus de toute vengeance, sois miséricordieux envers toute l’humanité, Toi le guide qui m’as soutenu

B./ Son combat contre le fanatisme et l’intolérance

Dans le souci de combattre toute forme de fanatisme religieux et toutes sortes de campagne de dénigrement à l’encontre des autres, le Cheikh avait ordonné à tous ses adeptes le respect de tous les autres guides de «Tarîqa», faisant toujours savoir que, même si leurs moyens d’approche diffèrent, l’objectif reste le même. A ce propos il dit:

Chaque ‘’wird’’ conduit l’aspirant vers l’enceinte scellée de Dieu sans déviation

Peu importe que ce ‘’wird’’ vienne d’Al-jîlâni (Cheikh Abd Al-qad ir), de Ahmad At-tijjâni,

Ou d’un autre parmi les qutbs (pôles) car ils sont tous dans la bonne direction

Chacun d’eux appelle les aspirants et les incite à l’adoration du Maître du Trône, où qu’il soit

Dans la rectitude et la probité. Garde-toi donc d’en mépriser ou d’en critiquer aucun dans ta vie

Dans un élan d’équilibre entre la «sharîa» et la «haqîqa» le Cheikh dit:

«Les jurisconsultes sont les protecteurs de la Sharîa et les pôles (mystiques) eux, ceux de la haqîqa. Il sied donc de les respecter tous pour l’amour de Dieu. De même que l’amour entre les savants -que la miséricorde de Dieu soit sur eux- garantit la vie de la sharîa de Muhammad et leurs divergences sur certaines questions relève de l’apprentissage et de l’enseignement non pas de l’adversité ni de la jalousie». Mieux, le Cheikh a appelé à considérer tous les musulmans comme des frères:

Ne soyez jamais hostile à celui qui prononce «Lâ ilâha illa-l lâh (il n’y a de divinité qu’Allah).

Le Cheikh veillait toujours pour anéantir les germes du fanatisme. Un jour, il perçut de ses disciples des paroles non convenables sur d’autres musulmans et, à la question de savoir quels étaient les destinataires, les disciples répondirent «c’étaient seulement des plaisanteries sur nos frères tels et tels», et il rétorqua: « vous n’êtes pas des juifs et eux des chrétiens», comme s’il faisait allusion au verset: «Et les juifs disent: «les chrétiens ne tiennent sur rien» et les chrétiens disent: « Les juifs ne tiennent sur rien» (S.2 V. 113).

  1. / Son appel au pardon et à la tolérance:

Tout en traduisant en actes les principes de pardon et de tolérance à l’endroit de tout le monde, le cheikh a appelé ses disciples à l’endurance et il les a éduqués suivant sa propre méthode. Il dit ainsi dans Nahj qadâ al- hâj:

Résiste à l’injure et ne réponds à personne, et sois comme celui à qui le poète fait allusion

Car s’injurier et se calomnier les uns les autres font partie des pires vices comme le fait de se battre

Et pour que les Mourides incarnent une telle philosophie, le Cheikh les exhorte à méditer le principe suivant: «La paix et le salut Ici-bas et dans l’Au-delà trouvent leur source dans la bonne intention, la bonne parole, la bonne action et la fréquentation des gens vertueux»

il disait:

Sois bien intentionné, dis, fais (du bien) et sois avec (les vertueux) tu auras ainsi la paix et tu seras honoré. Cherche la grandeur à travers mes propos

De même, le Cheikh a identifié toutes les voies où peuvent s’infiltrer les germes de l’adversité et de trouble et a indiqué les moyens de leur faire impasse:

Si les feux d’un débat stérile te brûlent, soigne-toi par l’eau du silence et de l’indifférence.

Si le scorpion de la querelle te pique, adoucis la piqûre par le pardon et la paix

Si le serpent de l’adversité t’assaille

Adoucis la piqûre par le conseil et la générosité.

 

  1. / L’effet des enseignements du Cheikh sur la vie des mourides :

Nous pouvons nous contenter ici de deux illustrations qui montrent à quel point les mourides ont respecté et appliqué ces enseignements.

Premièrement

Les épreuves et l’oppression subies des aristocrates sans être tentés de vengeance, comme nous le dit ici Serigne Moussa KA:

Ce jour-là, Teigne Tanor le Roi du Baol a calomnié les cheikhs du Baol pour freiner l’expansion de l’Islam

Il les a rassemblés à la place publique de Lambaye et leur a déclaré: je vais vous séparer de Cheikh Bamba votre guide

Il leur disait, alors qu’il était en état d’ébriété: «Quittez Cheikh Bamba ou je vais tuer tous les mourides»

Il brandissait des sabres, terrorisait, frappait, ligotait, sans ménagement

 

Deuxièmement

L’attitude des mourides pendant et après l’exil de Serigne Touba par les Français.

En effet, malgré le chagrin qui envahissait ces mourides, ils n’ont pas essayé de se venger sur les Français qui vivaient parmi eux et qui étaient à leur portée tous les jours.

 

CONCLUSION

A travers les quelques exemples donnés ici, nous voyons comment l’Islam veille à ce que la paix règne et que les relations humaines soient bâties sur le respect mutuel et la coopération autour du consensus. Nous avons vu aussi comment Cheikh Ahmadou Bamba a incarné ces principes islamiques dont l’application garantit la paix et l’entraide.

Ce style de vie adopté par le Cheikh (tolérance et refus de violence) a donné des résultats probants conformément à la promesse divine: «La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur ; et voilà que celui pour lequel tu avais une animosité devient tel un ami intime, mais (ce privilège) n’est donné qu’à ceux qui endurent et il n’est donné qu’au possesseur d’une grâce infinie» (S.41, V.34-35). Ainsi, sont-ils devenus ses disciples nombre de ceux qui lui ont causé tort et à qui il a répliqué par ce qui est meilleur (par exemple, le principal instigateur des événements de Darou Marnane et le Maure qui avait attenté à sa vie).

Quant aux conséquences de l’attachement des mourides à la méthode du cheikh, nous pouvons citer la rapidité de l’expansion de la Mouridiya à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Et ceci est concrétisé, entre autres, par la création d’écoles, de bibliothèques et de mosquées par les mourides en Europe comme aux Etats-Unis, et le grand nombre de ceux qui ont embrassé l’Islam, grâce aux mourides, parmi les enfants de ce pays, en une période où l’appel à l’Islam rencontrait beaucoup de difficultés et d’obstacles dans ces régions là.

 

Dr Khadim SYLLA