Le rôle de la jeunesse dans l’enseignement de Khadim Rassoul

Conférence Religieuse annuelle de Rawdu-r Rayâhîn

 

Animé par :

L’écrivain et Chercheur
Serigne Chouaybou KEBE

Serigne Chouaybou KEBE

 

Samedi18 Safar 1435 (21 Décembre 2013)

 

Sur le thème :

Le rôle de la jeunesse

Dans l’enseignement de Khadim Rassoul

 

Traduit par

Cheikh Abdallah Fahmy

 

 

Bismillahi Rahmani Rahim

Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux.

Paix et Salut soient accordés à notre Prophète Sayyidina Mouhammad, à Sa Famille et à tous Ses Compagnons.

 

INTRODUCTION

Sur l’importance du sujet et les raisons de son choix

La jeunesse est la période la plus heureuse dans l’existence humaine car elle est intermédiaire entre l’enfance et la vieillesse, et elle permet à l’humain d’entrer en possession de ses potentialités et de se découvrir afin de faire face à l’existence et ses impératifs. C’est aussi la phase de la vigueur et du dynamisme où l’humain jouit de la force physique et intellectuelle afin de participer à la réalisation de la société idéale dominée par les vertus, la piété, la justice et la bienfaisance.

Idéalement, la jeunesse doit être la période bénéfique, sauf que malheureusement, les aléas de la vie peuvent entrainer les jeunes vers la dépravation et la turpitude comme nous l’observons dans les sociétés actuelles où l’humain a perdu ses repères au point que la violence et la cupidité sont devenues des paramètres pour la réussite sociale et que la délinquance et les stupéfiants sont devenues des fléaux dont souffre toute les sociétés contemporaines.

Pourtant, les religions révélées, comme les philosophies éthiques avaient accentuées sur le rôle de la jeunesse ainsi que sur l’éducation des jeunes afin de les orienter vers les vertus et la félicité dans la vie terrestre et céleste. Même, dans notre époque, les gouvernements ont réalisés l’importance de la jeunesse et œuvrent en collaboration avec les nations Unis et d’autres structures universelles afin de valoriser le rôle des jeunes dans nos sociétés.

Pour cela le cercle Rawdu-r rayahin a choisi de traiter ce sujet en conformité avec la vision de Khadim Rassoul qui accordait une importance capitale à la jeunesse.

De même, que nous voulons conscientiser cette importante frange de nos sociétés sur les dangers actuels et futurs auxquels ils sont exposés.

Mais, surtout nous adressons un message à nos frères mourides et par-delà à tous les musulmans afin qu’ils réalisent les enseignements de notre religion sur tous les plans : théologiques, éthiques, sociales et économiques afin de participer pleinement à l’élaboration de la société idéale qui sera salutaire pour le monde contemporain.

Le rôle de la jeunesse dans les sociétés anciennes

Nous pouvons trouver dans toutes les civilisations anciennes des exemples qui illustrent le rôle des jeunes dans leur société, soit dans les guerres et les actes de bravoure ou dans la politique et les décisions salvatrices ou dans l’apport intellectuel.

L’Egypte ancienne

Les prêtres enseignaient et initiaient les jeunes dans les temples afin de les préparer à leur activités futures, qu’elles soient politiques ou économiques ou sacerdotales.

Ainsi, beaucoup de Pharaon avaient accédés jeunes au pouvoir et apportèrent à leur civilisation un apport important qui a valu à l’Egypte une position incomparable en son époque. A titre d’exemple, Toutankhamon et Akhenaton qui a imposé le monothéisme en Egypte et qui décéda jeune.

La Chine

Confucius s’adressait souvent aux jeunes qui avaient une importance capitale dans son enseignement. Il disait : Il faut que dans la famille le jeune soit obéissant et respectueux envers ses parents et dans la société il doit être respectueux envers ses ainées. Il doit être sérieux et véridique afin de jouir de l’estime de tous. Il doit surtout ancrer l’amour du bien dans son cœur et s’il a les dispositions nécessaires il doit étudier en toute humilité.

Les peuples Aryens

En Inde, en Perse comme chez les Grecs et les Romains on trouve une glorification des héros qui souvent atteint la divinisation. Souvent, il s’agit de guerriers qui ont brillés dans les combats ou des personnages mythiques qui personnifiaient des vertus de courage ou de sagesse. Ainsi Rama dans le Ramayana de l’Hindouisme ou Rostam dans l’épopée perse Shahnama, ou même dans les récits grecs tel Jason, Hercule, Hector ou Euschyle. Ces figures sont des modèles pour leurs sociétés qui les ont immortalisés comme l’a fait Homère dans l’Iliade.

Plus tard, les philosophes comme Platon ou Aristote ont laissés leurs empreintes dans toute l’intellectualité humaine depuis le jeune Alexandre le Macédonien qui a hellénisé une partie considérable de son époque.

Les sociétés africaines traditionnelles

Le passage de l’enfance à l’adolescence se fait par des rites d’initiation qui commence à partir de la circoncision. L’enfant fait son apprentissage dans les travaux champêtres et les secrets de la faune et de la flore puis apprend l’histoire de son peuple et de la genèse puis de l’humanité. Ainsi, il est formé physiquement et intellectuellement afin de tendre vers la sagesse et le bon comportement.

Les sociétés occidentales contemporaines

Depuis la renaissance et jusqu’à la révolution française, puis avec la naissance des nations on enregistra un mouvement intellectuel qui s’opposa à l’hégémonie de la pensée chrétienne telle que l’Église imposait aux occidentaux. De nouveaux courants de pensée se disputaient le terrain intellectuel et attiraient les jeunes vers de nouveaux horizons, si bien que des cercles et des clubs naissaient incessamment soit pour des objectifs politiques ou éthiques ou même sportifs. Malheureusement, dans cette libéralisation de la pensée, il y eut des dérives qui aboutirent à l’athéisme ou au nazisme ou au fascisme. Les gouvernements prirent des mesures politiques et juridiques afin de réguler ces mouvements et les institutions internationales créèrent des agences et des sections particulières pour la jeunesse comme l’Unesco et l’Unicef et d’autres qui aident les gouvernements dans l’encadrement des jeunes.

Le Judaïsme et le Christianisme

Dans la Bible, plusieurs sermons sont adressés aux jeunes et nous en avons relevés 46, dont : Sois heureux O jeune et que ton cœur se réjouit pendant ta jeunesse. Observe et écoute ton cœur afin que le Seigneur te conduise vers sa voie. Eloigne la tristesse de ton cœur et le mal de ton corps car la jeunesse ne dure pas. Souviens-toi de ton Seigneur avant que le malheur ne t’atteigne ou le poids des années ne t’écrase et que ton ciel s’obscurcit.

Personne ne doit négliger sa jeunesse mais que chacun soit un guide pour les autres dans ses propos, ses actes, son esprit, sa foi et sa pureté. (Lette de Paul pour Timothée).

Fuis les tentations et sois pieux en te ralliant à ceux qui ont la foi et qui prient leur Seigneur constamment avec un cœur pur.                                              (Lettre de Paul a Timothée)

O Mon fils, sois éduqué dans ta jeunesse afin d’atteindre la sagesse dans ta vieillesse. (Livre de Josué)

Si tu n’épargne pas dans ta jeunesse, comment tu vas subvenir à ta vieillesse. (Livre de Josué)

Comment les jeunes peuvent-ils préserver leur bonheur ? En préservant la parole divine évidemment. (Les psaumes)

Le rôle et l’importance de la jeunesse dans l’Islam

(a) La jeunesse dans le Coran

Le noble Coran utilise les termes de (Futuwa et Quwa) qui signifient la Chevalerie et la force qui sont l’apanage de la jeunesse. Dans Sourate Roum : « Allah vous a créé faibles puis a fait de la faiblesse une force, puis après la force succède la faiblesse et la vieillesse. Il crée ce qu’il veut et Il est l’Omniscient l’Omnipotent ».

Cette période de la force est importante car elle marque la plénitude de la force physique et intellectuelle puis elle est critique car les impulsions et les passions sont aussi vigoureuses que la spiritualité et l’humain est suspendu dans un combat entre ses penchants. C’est pourquoi, on a besoin de guidance et d’orientation céleste afin de prendre le chemin du Bien et de la vertu pour notre bonheur terrestre et céleste, ainsi que pour construire la société idéale.

Des exemples Coraniques de la jeunesse bénéfique

L’Islam associe la force à la jeunesse et le musulman doit être fort physiquement et spirituellement afin qu’il soit exemplaire. Ainsi, le Coran nous donne des exemples merveilleux dans l’épopée des prophètes qui illustrèrent pendant leur jeunesse la foi et la vertu et marquèrent l’histoire de l’humanité. Les jeunes musulmans doivent s’inspirer de l’exemple prophétique dans les mœurs et les vertus afin de plaire au Seigneur.

L’exemple d’Abraham sur lui le salut dans sa confrontation avec la tyrannie  

« On a accordé à Abraham la sagesse et On l’a préservé. Il dit à son père et à son peuple : que représentent ses idoles que vous vénérez ? Ils répondirent : nous avons trouvé nos parents agir ainsi. Il dit : vous et vos parents êtes dans l’égarement absolu. Ils dirent : tu tiens des propos vrais ou tu plaisantes ! Il dit : en vérité, votre Seigneur est le créateur des cieux et de la terre et je suis son témoin. Et par Allah je détruirais vos idoles dés que possible ! Il massacra toutes les idoles sauf la plus grande afin de les confondre. Ils dirent : qui a fait un tel sacrilège ! On répondit qu’un jeune nommé Abraham avait annoncé cela. On dit : il faut lui faire un procès public afin de trouver des témoins contre lui. On lui dit : est-ce toi qui a fait cela à nos idoles, O Abraham ? Il dit : C’est plutôt cette grande idole qui a fait cela ! Interrogez-la, peut-être, elle répondra ! Ils réfléchirent, puis perçurent leur absurdité ».

Dans ces versets, le jeune Abraham suscita dans son peuple une conscience nouvelle qui refuse la tyrannie et l’absurdité, il ne s’est pas contenté de refuser l’adoration des idoles, mais il agit avec courage et abnégation afin d’éveiller les consciences. Le Coran souligne : « Et il en a fait une doctrine immuable perpétué par sa descendance afin d’éveiller les consciences ».

L’exemple d’Ismaël sur lui le salut

Le Coran nous donne l’exemple d’Ismaël dans l’obéissance, la soumission et la patience devant le décret divin, ainsi que la force de la foi. Dans Sourate Al saffat : « On lui annonça un garçon clément. Quand il commença à l’accompagner dans les pâturages, il lui dit : O mon fils, j’ai vu dans le songe que je dois t’égorger ! Qu’en penses-tu ? Il lui répondit : O père, fais ce qu’on t’ordonne, je serais patient par la volonté d’Allah. Quand, il se résigna et renversa son fils sur le front (pour l’égorger) , on l’interpella : O Abraham, tu as confirmé ta foi en acceptant le songe, c’est ainsi que nous récompensons les bienfaiteurs ! On changea ce sacrifice en une fête perpétuelle. Paix et salut sur Abraham, c’est ainsi que nous récompensons les bienfaiteurs ! Il fait partie de nos serviteurs croyants. On lui annonça Isaac qui sera un prophète bienfaiteur. On l’a béni ainsi qu’Isaac et sa descendance dont certains sont des bienfaiteurs alors que d’autres sont injustes et impénitents.

L’exemple de Joseph sur lui le salut

Parmi les exemples Coraniques, celui de Joseph sur lui le salut, qui dans sa résolution et sa volonté fut exemplaire : « Il fut courtisé par la femme qui l’hébergeait. Elle ferma les portes et s’offrit à lui. Il dit je crains Allah qui prend soin de moi, les injustes ne sont point considérés. Elle allait arriver à ses fins et il allait succomber sauf qu’il a considéré l’évidence de son Seigneur et fut ainsi épargné de la turpitude. Il fait partie de nos serviteurs sincères. Il courut vers la porte et elle déchira sa chemise par derrière. Ils trouvèrent le maitre de la maison devant la porte et elle dit : quel est la sanction de celui qui voulait attenter à l’intégrité de ta femme ! N’est-ce pas la prison ou un terrible châtiment ! » (Sourate Youssef)

Cette épreuve est redoutable car un jeune homme dans la plénitude de sa force qui se trouve confronté à une telle tentation et qui résiste au détriment de sa liberté en acceptant la prison pour préserver sa foi et sa chasteté, ne peut pas être un homme ordinaire. Il sortit de l’épreuve auréolé par la prophétie.

L’exemple de Moise sur lui le salut

Moise sur lui le salut défia avec un groupe de fidèles la puissance du Pharaon : « Un petit groupe crut en Moise tout en craignant la fureur de Pharaon et ses sbires. Pharaon était arrogant et pervers ».

L’exemple de Jean (Yahia) sur lui le salut

Allah dit dans le Coran : « O Yahia, prend le livre avec fermeté. On lui accorda la sagesse depuis sa jeunesse. On l’entoura de notre affection et on le purifia. Il était pieux et affectueux envers ses parents. Il ne fut point désobéissant. Paix sur lui le jour de sa naissance, le jour de sa mort et le jour de sa résurrection ».

Les caractéristiques mentionnées à propos de Yahia sur lui le salut sont celles que doit rechercher tout homme vertueux.

L’exemple des compagnons de la caverne

« Peut-être, tu crois que les compagnons de la caverne et leur mémorial furent un cas exceptionnel. Ce sont des jeunes qui se réfugièrent dans la caverne et dirent : O Seigneur, accorde nous ta miséricorde et guide nous vers la sagesse. On les fit dormir des années, puis on les réveilla afin de les confondre avec leur époque. On te relate leur histoire en toute évidence, ce sont des jeunes qui crurent en leur Seigneur et on accrut leur foi. Quand, ils se réveillèrent, ils dirent : notre Seigneur est le maitre des cieux et de la terre, on n’adorera jamais une divinité autre. Si nous le faisons, on sera dans l’égarement. Voici, que notre peuple adore d’autres divinités sans qu’il ait la moindre évidence. Y a-t-il plus injuste que celui qui professe des mensonges sur Allah. Si vous vous en séparez, réfugiez–vous dans la caverne et Allah vous embrassera dans sa miséricorde et vous guidera » (sourate al Kahf)

(b) La jeunesse dans la Sunna

La Sunna accorde une importance capitale à la jeunesse tant dans l’éducation et l’orientation que dans la conscientisation et la responsabilisation. Ibn Abbas relata que le prophète (psl) dit : « Allah a toujours missionné les prophètes durant leur jeunesse. De même, tout savant a assimilé sa science durant sa jeunesse » Tabarani dans Awsat

Le prophète (psl) a mentionné les sept élus qu’Allah abrite le jour de la résurrection et dont fait partie le jeune qui a grandi dans l’adoration d’Allah : « Sept seront protégés par l’ombre divine le jour où il n’y aura pas d’ombre : l’Imam juste, le jeune qui a grandi dans l’adoration d’Allah, l’homme dans le cœur est attaché aux mosquées, deux hommes qui sont unis en Allah et se séparent pour Lui, un homme tenté par une femme de haute position et belle et qui refuse par crainte d’Allah, un homme qui donne l’aumône en toute discrétion, et un homme qui mentionne Allah dans la solitude jusqu’à pleurer » Hadith de boukhari et Muslim

L’Imam Ahmed Ibn Hanbal rapporta dans son Musnad qu’Anas relata : il y avait des jeunes médinois qui récitaient constamment le Coran, et qui se mettaient dans un coin pour étudier. Ils partaient le matin chercher du bois qu’ils mettaient devant la maison du prophète (psl) alors que leur famille pense qu’ils sont dans la mosquée et que les gens de la mosquée pensaient qu’ils étaient avec leur famille. Ils furent dépêchés pour apprendre aux nomades le Coran et furent tous tués au puits de Ma’ouna. Le prophète (psl) maudit leurs assassins pendant une quinzaine de jours.

Le prophète (psl) rappelait incessamment que la jeunesse était un bienfait qui ne se rattrape pas. Mua’d Ibn Jabal rapporta que le prophète (psl) dit : l’humain sera interrogé le jour du jugement sur sa vie terrestre en quoi il l’a passé, sur sa jeunesse en quoi il l’a usé, sur sa fortune d’où il l’a obtenu et sur sa science qu’en a-t-il fait ?

Ibn Abbas relata que le prophète (psl) dit à un homme en le sermonnant : Profites de cinq choses avant que ne te rattrapent cinq choses. Profites de ta jeunesse avant la vieillesse, de ta santé avant la maladie, de ta richesse avant la pauvreté, de ton temps libre avant les engagements et de ta vie avant la mort. (hakem)

De même, que le prophète (psl) souligna l’importance du mariage pour les jeunes afin de fuir les tentations. Abdallah Ibn Massoud rapporta que le prophète (psl) dit : O jeunes, que celui qui atteint la puberté se marie et celui qui ne peut pas fait le jeûne en attendant car cela le protégera. Boukhari et Muslim

Tabarani rapporta qu’un jeune homme demanda au prophète (psl) une dérogation pour pratiquer l’adultère au grand scandale des musulmans. Le prophète (psl) lui répondit calmement : aimerais-tu que ta mère fasse l’adultère ? il dit : non. Il lui dit : nul n’aime cela. Aimerais-tu que ta sœur le fasse ? Il dit : non. Il lui dit : nul n’aime cela. Aimerais-tu que ta fille le fasse ? Il dit : non. Il lui dit : nul n’aime cela. Dans ce cas ne fais pas aux autres ce que tu n’aimes pas que l’on te fasse, mais plutôt fais pour les autres ce que tu aimerais que l’on te fasse. Puis, Il mit sa main sur la poitrine du jeune et pria : O, Seigneur pardonne lui ses péchés et purifie son cœur et protège sa pudeur.

Le prophète (psl) permettait aux jeunes d’occuper des postes stratégiques dans la communauté et faisait confiance aux compétences. Il envoya Mas’ab Ibn Omeyr enseigner l’Islam à Yathrib avant l’hégire. Il imposa Oussama qui avait 17 ans comme commandant dans une expédition où il y avaitles grands compagnons tels Aboubacar, Omar, Abi Obeyda et Saad et d’autres. Il donna la gouvernance de la Mekke à Outeb Ibn Usaid qui avait 23 ans.

Ainsi, on peut comprendre que la société idéale doit bénéficier de l’apport de tous d’après les compétences de chacun, comme Aboubacar le fera avec Zayd Ibn Thabit qui présida la commission qui rédigea le Coran malgré son jeune âge.

Il faut souligner aussi que les premiers croyants furent des jeunes qui n’avaient pas encore la quarantaine. Le prophète (psl) les éduqua et en fit les meilleurs exemples pour les générations futures. Ainsi, Ali Ibn Abi talib qui se sacrifia pour sauver le prophète (psl) et qui fut le plus valeureux chevalier de l’Islam et le plus savant des compagnons.

Il y a aussi Abdallah Ibn abbas qui était un enfant et qui devint l’un des plus grand savants et aussi Mu’adh Ibn Jabal .

Abisaid al Khudri disait en voyant un jeune : bienvenue aux protégés du prophète (psl) qui nous a dit de vous mettre à l’aise dans les assemblées du savoir et de vous apprendre ses enseignements car vous êtes les héritiers qui perpétueront la religion. O mon fils, n’hésites jamais à questionner pour établir la certitude car cela est meilleur que de rester dans le doute. (bayhaqi)

Hasen Basri disait : il faut laisser la place aux jeunes car leur cœur est plus réceptif et ils ont une meilleure mémoire. Malik Ibn Dinar disait : tout le bien est dans la jeunesse. Said Ibn Rahma al Asbahi rapporta que les jeunes accouraient vers Abdallah Ibn Mubarak qui venait donner des cours, et que certains vieillards se plaignaient de ne pas trouver de place. Il répondit : en vérité, les jeunes sont plus aptes à transmettre car vous combien il vous reste à vivre.

Le rôle de la jeunesse dans la voie Mouride

1)la jeunesse dans les écrits de Khadim Rassoul

Cheikh Ahmadou Bamba consacra à la jeunesse une part importante de son enseignement et composa des ouvrages spécifiques pour l’éducation des jeunes tels : Jadhbat al sighar ,Tazawud al Sighar, Tazawud al Chobbane, ZaddhawiTa’alum et d’autres aussi importants. Ce sont des ouvrages qui permettent aux étudiants d’apprendre l’Iman par le Tawhid, l’Islam par le Fiqh et l’Ihsan par le Tasawuf. Ils contiennent aussi les conseils judicieux pour l’éthique et les règles de bienséance.

Il nous est possible de découvrir à travers les quelques passages que nous exposerons l’importance capitale de la jeunesse dans l’enseignement de Khadim Rassoul qui a réussi à fonder une communauté spirituelle (les mourid’ Allah), et une cité idéale (Touba)[1]. Par exemple Jadhbat al sighar an la’ibin li khidhmati al Mukhtar qui signifie en français (l’attraction des enfants pour le service de l’élu), est un ouvrage qui conscientise les enfants afin de les détourner des jeux futiles et les orienter vers la félicité terrestre et céleste. Or, les enfants dans leur innocence ont absolument besoin d’orientation afin de ne pas se laisser abuser au risque de partir à la dérive dans un monde sans repères spirituels. Khadim Rassoul les attire vers le service du prophète élu (psl), qui est la garantie suprême et leur fournit les bases pour apprendre et enseigner les principes de la religion qui sont l’Iman, l’Islam et l’Ihsan puis les exhorte à mettre en pratique l’enseignement théorique tout en respectant les règles de la courtoisie spirituelle. Il leur inculque l’amour et le respect des pieux prédécesseurs (Salafsalih) et des saints (Awliyas).

Dans les titres de Tazawud al Sighar ila Jinani Allah dhi al anhar (les provisions des enfants pour les paradis d’Allah) et aussi dans Tazawud al Chubbane ila Ittiba’i al Maliki al dayyan (Les provisions des jeunes pour la voie du Seigneur), nous distinguons aisément l’orientation de son enseignement incomparable par sa qualité intellectuelle et spirituelle.

L’Initiation au Tawhid

L’enseignement théologique de Khadim Rassoul est absolument exempt de toute innovation et extrapolation car il est inspiré par le Coran et la Sunna en toute conformité avec la doctrine Sunnite. Il disait :

Préférez les enseignements Sunnites totalement exemptes d’innovations et de suspicions

Il dit :

La première obligation que le Miséricordieux à prescrit a tout croyant responsable est la Foi (Iman)

Ainsi, il incombe au Mouride de faire ses provisions du Tawhid

Quand le Mouride assimile le Tawhid ainsi que le Fiqh et le Tasawuf

Tout en restant conforme à la doctrine Sunnite il se prémunit de la discorde

L’éducation Islamique

Le Cheikh Ahmadou Bamba insista sur l’éducation islamique qui enseigne la conformité aux obligations et recommandations mais aussi l’abstention des interdits et de ce qui est répréhensible car le croyant doit être responsable et exemplaire. Des parties importantes de ces ouvrages abondent dans ce sens. Il dit dans Jawhar nafis :

Apres la connaissance des règles du jeune, de l’ablution et de la prière

Le croyant doit observer les lois que le Seigneur a établies

Pour exécuter les impératifs et s’abstenir des interdits

Et aussi de se repentir incessamment en toute humilité

L’éducation spirituelle

Dans ses écrits, le Cheikh éveillait les cœurs des aspirants à la piété et au repentir en suscitant dans leur esprit la crainte révérencielle et l’espérance ainsi que l’amour divin. Il éveillait ainsi les consciences à l’Omniprésence divine.

Votre spiritualité (Ihsan), O mes enfants est pour le propriétaire des corps et des esprits

Il s’agit d’adorer Allah comme si vous le contemplez et ainsi obéir à ses impératifs

Si, en fait vous ne le voyez pas Lui vous voit ; Observez-le dans tout

Par des maximes éloquentes et par l’exemple patent de sa personne, le Cheikh forma des disciples qui répandirent la foi et la bénédiction dans tout endroit où ils s’installent au bénéfice des populations.

2) L’apport de la jeunesse dans la reforme Mouride :

Les positions héroïques de Khadim Rassoul dans sa jeunesse furent pour les mourides le meilleur exemple. Il était pieux et affectueux envers ses parents, et il était exemplaire dans sa quête du savoir à tel point qu’il occupa la chaire de son père à l’âge de vingt ans après avoir composé des ouvrages merveilleux dans le Fiqh, le Tawhid et le Tasawuf.

Il refusa toute forme de collaboration avec les Rois et il écrivit son célèbre poème :

On m’a dit de sonner à la porte des gouvernants afin d’obtenir des récompenses en tout instant

Je leur répondis : Allah me suffit, et je ne veux que le savoir et la religion

A partir de la trentaine, le Cheikh annonça avec courage et détermination sa réforme que son fils et biographe Cheikh Mohamad Bachir décrit comme : un événement ahurissant et une stupéfaction pour les ignorants et les immatures mais aussi un séisme pour les gouvernants[2]. D’ailleurs, beaucoup d’élèves quittèrent l’école pour se diriger vers d’autres institutions car ils étaient attachés à l’enseignement traditionnel du pays.

Le Cheikh dans sa réforme fonda des villages dédiés à l’éducation spirituelle et au travail, et une grande partie du Sénégal fut urbanisé par les disciples mourides qui défrichaient les terres et les valorisaient. Aujourd’hui, certains villages sont devenues des villes très importantes pour le pays tel : Touba, Dar Mousty et d’autres.

Avant la quarantaine, il fit face au colonialisme français et ses positions sans compromis lui valurent l’exil. D’ailleurs, cet épisode fut une conquête spirituelle sans pareille et les mourides célèbrent le jour du départ pour l’exil comme une fête glorieuse (Magal). Les desseins des colons furent réduits à néant par la personnalité extraordinaire de Khadim Rassoul dont la figure emblématique règne toujours sur le Sénégal et resplendit partout sur les cinq continents

Les jeunes disciples qui l’ont accompagnés depuis le début de sa réforme sont aussi devenus des figures emblématiques tels : Cheikh Ibra Faty Mbacké, Cheikh Ibra Fall, Cheikh Abder rahman Lo, Cheikh Mbacké Bousso, Cheikh Ibra Sarr, Cheikh Anta Mbacké, Cheikh Adama Gueye et Cheikh Assane ndiaye et d’autres encore qui ont tous la trentaine quand ils ont répondu à l’appelde Khadim Rassoul.

L’exemple de Cheikh Ibra Faty Mbacké dans le courage et le sens de la responsabilité

Il fut élevé par Khadim Rassoul en personne qui lui inculqua les vertus de la foi et de la chevalerie et en fit son lieutenant. Depuis son enfance, il était alerte et courageux, intelligent et responsable. D’ailleurs, ce fut lui qui a été dépêché auprès des autorités françaises pour débattre lors du commencement de la confrontation comme l’a expliqué en détail Cheikh Mohamad Bachir dans Minan al Baqi.

Quand, Khadim Rassoul devait partir pour l’exil maritime, il lui confia toute la famille ainsi que la voie Mouride. Ce qui était une mission laborieuse car la confrontation avec le colonialisme perdurait tant que l’objectif des français était de disperser les mourides et d’éradiquer la voie. Mais, Cheikh Ibra Faty fut l’homme providentiel qui a su tenir les rênes du Mouridisme jusqu’au retour du Cheikh Ahmadou Bamba. Qu’Allah le récompense largement pour nous tous !

L’exemple de Cheikh Ibra Fall

Il fut un chevalier de la foi et de la voie comme l’a attesté Khadim Rassoul dans un poème :

Et le mouride est monté pour me parler dans le navire qui s’apprêtait à partir,

O quel chevalier, éprouvé par mon départ

Je le sommais de descendre et le navire quitta

Alors que mon cœur était peiné pour lui

Cheikh Ibra était un aristocrate dont la famille gouverna le Cayor et prit part aux injustices commises par les Rois et leurs auxiliaires, mais quand il s’affilia au Cheikh Ahmadou Bamba, il devint un exemple remarquable dans la volonté spirituelle et l’abnégation. Il se donna corps et âme à son Cheikh et montra la voie à des milliers de jeunes aristocrates qui se distinguèrent dans le service (Khidma). Cheikh Mohamad Bachir relata un récit qu’il tenait de Cheikh Ibra Fall en personne :

L’illustre mouride Cheikh Ibra Fall me raconta : « la première chose que j’ai dit au Cheikh (Ahmadou Bamba) sur lui l’agrément d’Allah lors de mon pacte d’allégeance est que rien ne m’a poussé à quitter ma maison en dehors de la quête d’un Cheikh authentique qui dissipe les voiles des créatures afin que je contemple les lumières divines. Si je ne trouve pas un tel Cheikh vivant et que je trouve sa tombe je le servirais avec force et détermination jusqu’à obtenir par sa baraka ce que je cherche. Maintenant, que je t’ai trouvé je fais mon pacte pour œuvrer et je ne veux rien de ce bas monde ; tout ce que je veux c’est Allah et la vie future.

Khadim Rassoul lui dit : O Ibrahim, moi-même si je n’avais trouvé des traces du prophète élu (psl) que le spectacle du firmament qu’il avait contemplé avant nous, je ne doute point que ma volonté et mon amour pour lui suffiront pour obtenir ce que je cherche auprès d’Allah car celui qui est favorisé pour aimer le prophète (psl) est certainement un élu.

Quant à toi, j’accepte ton pacte et je te recommande d’obéir aux commandements d’Allah et de t’abstenir de ses interdits et je veillerais à connecter ta volonté spirituelle (Himma) à Allah. Toutefois, n’espères rien de moi en ce qui concerne les choses terrestres, ni case ; ni femmes, ni biens.

Des années plus tard, il avait ders milliers de disciples qui lui obéissaient au doigt et à l’œil, et il islamisa des dizaines de milliers au Cayor, au Baol, au sine et dans d’autres régions.

Il était incomparable dans son service pour son Cheikh et dans son humilité et son abnégation. Il était au service de tous les musulmans et veillait au besoin de tous. Les pauvres comme les aristocrates, comme les étrangers bénéficiaient de son apport et ils élevaient la volonté spirituelle de tous afin qu’ils se détournent de ce bas monde ».

Ce court passage illustre la puissance Lo pour l’enseignement du Coran. Les enfants de Cheikh Ahmadou Bamba étaient sous sa direction et il fut un formidable précepteur. Les mourides lui confiaient incessamment leurs enfants et Cheikh Ibra Faty lui donna des terres à Touba pour qu’il s’y installe loin des aléas des villes. Au bout des sept années de l’exil maritime de notre Cheikh, tous les élèves avaient mémorisés le Coran. La mission pédagogique de Cheikh Abderrahmane continue jusqu’à ce jour où j’écris ces lignes (1353 h). Depuis, plus de quarante ans, il étudie et enseigne le Coran et je n’ai jamais vu plus bénéfique et plus efficient dans l’enseignement Coranique. Il récite le Coran entier chaque jour au moins une fois, si ce n’est pas plus et il veille la nuit dans la prière et la récitation Coranique sans que cela n’affecte son travail pédagogique dans la journée. Il remplit avec aisance sa mission et veille au bien-être des élèves et des hôtes sans peine, ni fatigue.

L’exemple de Cheikh Massamba

Il fut aussi élevé par le Cheikh Ahmadou Bamba et apporta beaucoup à la voie mouride. Il était généreux, humble et affable. Il était comme un ambassadeur de la voie car le Cheikh l’envoyait partout diffuser son enseignement. Paul Marty dit dans l’Islam au Sénégal : Massamba est le plus jeune des frères du Cheikh al Khadim et il a aujourd’hui 32 ans, il est grand et fort. Il est affable et parle l’arabe littéraire couramment. Il tient à être un Cheikh dynamique et ne veut pas dépendre des visiteurs. Il est fier et ne cautionne pas les actes indignes malgré son jeune âge. Il parait se frayer son chemin en toute indépendance.

D’autres exemples

Cheikh Mohamad Bachir mentionna beaucoup de jeunes qui furent éduqués par Khadim Rassoul comme Mohamad Deymani, Mohamad lamine Diop, Mohamad Bachir Cissé, Mafatim Lo et d’autres qu’il assimila aux jeunes de la caverne : « ce sont des jeunes qui crurent en leur Seigneur et on amplifia leur foi ».

Le Cheikh veillait sur l’éducation des jeunes et même des femmes et il écrivait des conseils généraux et d’autres particuliers comme : conseils pour Sokhna Penda Diop, l’éducation de la femme musulmane, la règle du Mariage, la fondation du foyer musulman.

Les responsabilités de la jeunesse dans enseignements de Khadim Rassoul

Le Cheikh tenait à former des jeunes dynamiques et pieux qui s’attellent au savoir et au travail afin de bâtir avec eux la société idéale. Il diffusait la spiritualité et parachevait les mœurs tout en conscientisant sur les objectifs et la finalité de sa mission. D’ailleurs, ses écrits sont le témoin irrécusable de son enseignement et un aperçu sommaire nous édifiera.

1.  La responsabilité éducative de la jeunesse Mouride :

Dans tazawud al Sighar il dit :

O enfants, ne vous laissez pas se distraire et cherchez la guidance

Préoccupez- vous d’apprendre les sciences et mémorisez le Coran et récitez-le

Evitez les assemblées de la perdition

Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de former des jeunes dans le savoir islamique et de mettre en application les enseignements de notre Cheikh dans un monde à la dérive ou toutes les formes de la dépravation sont accessibles aux jeunes.

Le Cheikh dit :

Évertue toi à rechercher la science dans ta jeunesse. Tu obtiendras alors la satisfaction de tes désirs quand tu seras grand

O jeunes, si vous ne voulez pas avoir honte demain

Cherchez la connaissance avant de vous consacrez à la pratique

Et acceptez les sacrifices pour atteindre le discernement

Les conseils de Khadim Rassoul permettent aux jeunes de construire leur personnalité et d’assurer leur émancipation matérielle et spirituelle car si la jeunesse n’est pas mise à profit pour apprendre les sciences islamiques et recevoir une éducation spirituelle adéquate, il est généralement trop tard pour se rattraper. Le Cheikh dit :

Saches que celui qui refuse d’apprendre dans sa jeunesse aura des regrets

Ne délaissez pas l’enseignement jusqu’à atteindre un âge avancé car vous serez frustré

La mort ne s’annonce pas et elle peut surprendre à tout moment

Celui qui n’apprend pas pendant sa jeunesse et suis ses passions

Ne risque pas d’obtenir ce privilège qu’il a négligé quand il était à sa portée

Dans un poème célèbre Khadim Rassoul dit :

Soit endurant dans les épreuves et les difficultés tu obtiendras ton objectif et tu surpasseras ta génération, O étudiant

Ne te plains pas et sois stoïque jusqu’à ce que les gens pensent que tu es favorisé

La connaissance n’est pas accordée à celui qui craint la faim

Notre Seigneur, inspire plutôt celui qui est patient

Sois persévérant sur l’apprentissage des sciences

Malheur à celui qui est frileux devant les aléas de la vie

Ne te préoccupe pas de ta fortune car le Seigneur des créatures

Assure à celui qui cherche la connaissance sa providence

Et crains Allah et sois pudique car la connaissance est réfractaire aux malfaiteurs

Eloignes –toi des femmes séductrices car leur fréquentation te mèneras vers la perdition

N’échange pas la vie future par ce bas monde car celui qui échange la lumière par les ténèbres le regrettera

2.  La jeunesse et son rôle éthique dans la religion

Dans les écrits de Khadim Rassoul, l’éthique occupe une place importante car le Cheikh tenait à enraciner les bonnes mœurs et les vertus dans le cœur des disciples afin qu’ils transmettent aux générations futures les valeurs islamiques dans une époque difficile où le modernisme et l’occidentalisation ont envahis les sociétés traditionnelles. Une vrai crise de valeurs et de mœurs d’était installée partout et la nécessité d’immuniser les jeunes devenait impérative afin de les protéger et d’en faire des bienfaiteurs. Le Cheikh dit :

Si vous postulez aux hautes stations appliquez ces enseignements

Cherchez la connaissance en toute pudeur et reconnaissance

Avec patience et clémence dans le silence, la chasteté et l’intelligence

Ne soyez pas bavards et ne dormez pas trop et évitez ce qui est malsain

Evitez l’ostentation et l’orgueil ainsi que la rancune

Cherchez la clarté et soyez véridiques et résolus en toute conscience et humilité

Le Cheikh voyait l’éducation spirituelle comme une nécessité pour les jeunes afin de les former et les purifier et leur inculquer les vertus.

Il dit :

O jeunes, engagez-vous dans le combat spirituel et vous serez récompensés par le paradis demain

Il les exhortait à la rectitude et à suivre la Sunna prophétique dans les propos et les actes ainsi que dans le compagnonnage des vertueux.

Dans Tazawud al Sighar il dit :

O enfants, ne vous détournez pas de la guidance et occupez-vous d’apprendre

D’abord la lecture et la récitation du Coran tout en évitant les assemblées de perdition

Accompagnez celui qui en toute constance adore son Seigneur et guide vers Lui

Celui qui apprend dans sa jeunesse se reposera dans sa vieillesse

Il rattrapera ce qu’il a omis dans sa jeunesse et occupera son temps libre par les bonnes œuvres

Il dit plus loin :

O jeunes, ne fréquentez pas les malfrats mais plutôt cherchez la compagnie des sages

Car le sage vous éloignera de cinq choses

Il éloigne son compagnon de l ‘ostentation et l’exhorte à la sincérité loin de l’hypocrisie

Il éloigne l’ami de l’orgueil et l’exhorte à l’humilité et la patience

Il éloigne le disciple de l’animosité et lui inculque le bon conseil afin de le préserver

Il éloigne le croyant du doute et lui enseigne la certitude qui élève la conscience

Il éloigne l’aspirant des tentations pour lui indiquer ce qui est meilleur pour lui

Pour conclure, Khadim Rassoul rappelle le conseil du prophète (psl) rapporté par Ibn Abbas :

Profitez de cinq choses avant d’être rattrapés par cinq autres comme le meilleur des êtres nous ordonna

Sur lui les meilleures salutations ainsi que sur sa famille et ses amis les purs vertueux

Premièrement, la jeunesse avant la vieillesse, puis la santé avant la maladie.

Troisièmement, la bonne fortune avant la mauvaise, puis le temps libre avant les préoccupations

Cinquièmement, la vie avant la mort, il faut accourir vers le bien avant qu’il ne soit trop tard

Dans NahjQada al Haj, Cheikh Ahmadou Bamba présente un protocole éthique pour les disciples afin qu’ils apprennent les règles de bienséance avec leur Cheikh, dans la société, avec la famille et avec les enseignants. C’est un ouvrage qui doit être constamment médité dans notre époque où les valeurs sont perdues.

3.  La responsabilité sociale de la jeunesse mouride

Les jeunes dans la société traditionnelle sénégalaise n’avaient pas une influence dont les prises de décision car la culture africaine accorde une importance capitale aux parents et aux vieux. Ce qui laissait à la jeunesse la possibilité de s’adonner aux jeux et au vagabondage.

Quand Khadim Rassoul annonça sa réforme, il donna aux jeunes une place prépondérante et les occupa par l’initiation et la réalisation spirituelle afin d’en faire des modèles pour la société. Il donna aux jeunes la possibilité de se construire une personnalité mouride fière et indépendante capable de se gérer et de gérer la famille et la société. Il investit des jeunes dans la fonction spirituelle de Cheikh et les disperser dans le pays afin qu’ils enseignent l’islam et éduquent par la volonté spirituelle (himma).

Nous avons le meilleur exemple dans les propres fils de Khadim Rassoul car ils furent consacrés dès leur enfance à leur rôle comme Cheikh Mouhamad Mustafa, Cheikh Mohamad Fadhel, Cheikh Mohamad lamine Bara, Cheikh Mohamad Bachir, Cheikh Abdel Ahad, Cheikh Chuaib, cheikh Abdel kadre, Cheikh Salih et Cheikh Murtadha qui ont participés pleinement à la mission de leur père. Ils ont tous consacrés leur existence à œuvrer dans la voie mouride par l’enseignement et l’éducation spirituelle. Ils fondèrent dès leur jeune âge, des villages et des écoles coraniques et des daaras Tarbiya toujours fonctionnelles d’où sortirent des centaines de milliers d’étudiants dont certains sont très célèbres au Sénégal.

Sitôt après le départ de Khadim Rassoul, les mourides se rangèrent derrière son jeune fils Cheikh Mohammad Mustapha qui avaient à peine la quarantaine, mais qui réussit grâce au concours de tous à réaliser les vœux de son illustre père comme la fondation de la Mosquée de Touba. Cette entreprise faramineuse fut entreprise dans des circonstances très difficile, vu les couts et l’absence de moyens de transport pour les matériaux. Il était sage et généreux et a pu préserver la cohésion du Mouridisme malgré certaines velléités.

Ses successeurs continuèrent à élever le flambeau du Mourdisme et chacun aura à gérer son époque et à consolider les acquis de ses prédécesseurs.

Dans le Khalifat de Cheikh Abdel Ahad un mouvement estudiantin mouride émergea (Dahira des jeunes mourides) fut remplacé par les étudiants mourides puis par Hizbu Tarqia et joua un rôle important dans l’organisation des événements et des manifestations culturelles.

Pendant le Khalifat de Serigne Saliou, le rôle de la jeunesse fut accentué et de grands mouvements culturels émergèrent comme Rawd-r Rayahin qui s’occupe de diffuser l’enseignement de Khadim Rassoul et constitue un saut qualitatif dans la culture mouride.

Dans le Khalifat de cheikh Mohammad lamine Bara et actuellement sous Sidi Mukhtar la confiance dans la jeunesse fut renouvelée et une commission d’organisation du Magal fut confié au Jeune Cheikh Mohamad Bachir Abdelkader le porte-parole du Khalifat qui a pu remplir cette mission avec brio.

4.  Le rôle économique de la jeunesse Mouride

Le chômage des jeunes est l’un des fléaux de notre époque, surtout que le pourcentage du chômage des proportions alarmantes dans les sociétés subsahariennes. Les conséquences immédiates sont une criminalité galopante et des trafics de tout genre, ce qui met en péril la stabilité sociale.

Nous avons besoin aujourd’hui, plus que jamais de revisiter les enseignements de Khadim Rassoul et de les enseigner afin de protéger nos enfants des problèmes multiples des sociétés actuelles. Khadim Rassoul dit dans Massalik al Jinan:

« Chercher le repos dans le monde d’ici-bas sera honteux le jour du jugement »

Et il dit dans Nahj Qada al haj :

Le repos et l’oisiveté ne permettent pas à l’homme d’être prospère

Le mouride ne peut rien obtenir s’il s’y adonne mais risque plutôt le désastre

Sache que la gloire ne s’obtient que par le sérieux et les sacrifices

Khadim Rassoul dénonça violemment l’oisiveté et le laxisme dans Masalik al Jinan

Ne soit pas paresseux car la vie terrestre est courte et ne laisse pas ses opportunités t’échapper. Ô mon frère !

Et il dit :

Le chômage et la perte du temps dans les futilités sont des maux certains et la durée de vie impartie à chacun est précieuse ; remplis-la avec les meilleures actions !

   La joie et le repos doivent être modérés par la méditation sur ce qui nous attend : maladie, mort, supplices de l’agonie et de la tombe, puis la résurrection avec son lot d’événements inévitables ; ce sont des réalités implacables !

Il corrigea aussi certaines incompréhensions qui altèrent le Tasawuf concernant la remise confiante et la quête de la subsistance. Il dit :

   Le fait de négliger la quête de sa subsistance pour se confier à Allah, tout en ayant des penchants terrestres, n’est que de la prétention.

   Sache que la quête de la subsistance n’est nullement en contradiction avec la remise confiante.

   Il te suffit de ne voir que le Seigneur Maître des créatures dans toute subsistance que tu obtiendras.

   La meilleure attitude consiste à réunir la quête de la subsistance (« takasub ») et la remise confiante (« tawakul »), même s’il y a une divergence subtile sur ce point.

   En vérité, le Seigneur a lié les causes aux effets pour en faire les moyens de ses actes.  

   Il a codifié Son programme en conséquence et a établi son règne sur des lois causales qu’il a érigées en principes ; Transcendant soit-Il !

   Celui qui espère des bénédictions sans être assidu dans les actions, tout en prétendant disposer des privilèges divins, se fait indélicat et discourtois envers son Seigneur.

   Et, surtout, il risque de faire face aux désillusions et peut-être à la perdition.

   En vérité, la divergence réside dans la meilleure attitude à prendre en fonction des conditions.

   Quand les conditions sont défavorables, Ô mes frères ! Remettez-vous à votre Seigneur.

   Mais si la situation est favorable, il faut chercher sa subsistance par l’effort personnel.

   Cependant, il faut éviter tout compromis tel que la dépendance envers les créatures ou un conflit avec sa conscience.

   Il ne faut pas que la quête de la subsistance conduit à l’attachement aux biens terrestres ou aux tentations.

   Il faut impérativement allier la quête de la subsistance à la remise confiante ! Ainsi les sages l’ont confirmé.

   En d’autres termes, c’est vider le cœur de toute préoccupation terrestre tout en se lançant dans l’activité humaine par conformité au plan divin.

   Car le Seigneur a ordonné à Ses serviteurs de se prémunir contre les malheurs et la fatalité et d’œuvrer en fonction de leur espérance.

   Évite dès lors les situations compromettantes et bénéficie de cette prévention salutaire pour échapper au fatalisme et ainsi te réfugier dans sa volonté.

   En apparence, poursuis la quête de ta subsistance en conformité avec ses lois, et en réalité, abandonne-toi à Lui dans une confiance absolue car il est la cause essentielle de tout.

   Sois éternellement confiant en son Omnipotence et reste vigilant devant sa porte.

Ainsi, le Cheikh a donné aux jeunes les orientations bénéfiques et exhorta à la consommation exclusive du licite :

Demander sa subsistance licitement est une obligation pour tout musulman

Ni la science, ni les adorations ne sont efficientes quand on se nourrit illicitement

Cherchez les biens licites constamment afin que vous soyez obéissant et sur le bon chemin

Le Cheikh fit du travail une échelle d’ascension pour les hautes destinées, et ainsi éduqua ses disciples par la pratique et la théorie. Cheikh Mohamad Bachir dit dans Minan al Baqi : «  Il connaissait très bien les réalités de la société et de l’époque et il était conscient de l’insuffisance du commun en matière religieuse ainsi que de la corruption généralisée des mœurs. Il traitait avec sagesse en enseignant le nécessaire pour la pratique des piliers de l’Islam et en exhortant aux travaux physiques afin de combattre l’oisiveté et la paresse sources des maux de la société et de la spiritualité. Ainsi, il leur enlevait les attitudes hautaines et les poussaient vers l’humilité et le service de son prochain.

Point de doute, que de tels enseignements préservent la société de la criminalité, de la violence et de tous les fléaux qui gangrènent notre monde contemporain.

Les perspectives du futur

Nous avons constaté dans cet exposé que le rôle de la jeunesse fut efficient dans le Mouridisme depuis son commencement jusqu’à nos jours. Maintenant après un siècle, il nous incombe comme hérauts de faire le point sur les réalisations passées et les projections du futur afin de concourir à la réalisation du projet universel de Khadim Rassoul dont la reforme s’adresse à tous les musulmans sans exception.

Le Mouridisme d’étend sur les cinq continents grâce à la jeunesse Mouride, mais nous avons besoin d’unifier nos efforts et surtout d’être fidèles à l’enseignement de notre vénérable maitre Khadim Rassoul.

C’est dans cette perspective, que nous proposons d’accorder la primauté à l’éducation spirituelle des jeunes en leur enseignant les plus bénéfiques ouvrages afin de les protéger contre la contamination intellectuelle et le vide idéologique.

Khadim Rassoul nous a légué un patrimoine inestimable qui nous enseigne l’Iman, l’Islam et l’Ihsan dans la meilleure forme et la plus efficiente méthode. Pour cela, nous appelons les autorités mourides et tous ceux qui sont qualifiés pour cette tâche à fournir les efforts nécessaires pour divulguer l’enseignement de Khadim Rassoul dans toutes les langues universelles afin que tous les jeunes puissent en bénéficier.

Ainsi, nous aurons une jeunesse consciente et responsable qui participera à résoudre les problèmes de son environnement.

Nous espérons qu’une association de jeunes mourides puisse coordonner les efforts de la jeunesse afin que son action puisse être efficiente dans les écoles et les universités du monde entier où des mourides étudient car la diaspora mouride est présente dans les cinq continents.

L’action de cette association portera sur l’enseignement et la conscientisation et non point sur les événements et la festivité. Et aura comme objectif de concentrer les efforts et les énergies des jeunes pour le bénéfice de la communauté mouride ce qui est la Khidma proprement dite. Ce qui évitera la dispersion et l’oisiveté et leur évitera de se consacrer à œuvrer pour le bénéfice particulier de certains opportunistes.

Je conclus par des chaleureux remerciements à mes collègues de Rawd-r rayahin pour leur confiance et leur collaboration dans la rédaction de cet exposé et j’implore Allah pour le succès de leur mission précieuse dont le but est la conscientisation de leurs frères Mourides.

Qu’Allah accepte notre démarche et prie sur le prophète Mohamad (psl) ainsi que sa famille et ses vertueux compagnons !

 

L’écrivain et Chercheur
Serigne Chouaybou KEBE

 

[1]Touba est le centre spirituel suprême et il a des projections dans plusieurs autres cités qui seront des centres secondaires comme Dar Mousty et les autres villes mourides.

[2] Minan al baqi al qadim