LE SOUFISME DANS LA VISION DE CHEIKH AHMADOU BAMBA

LE SOUFISME DANS LA VISION DE CHEIKH AHMADOU BAMBA KHADIMOU-r RASSOUL (QUE DIEU L’AGREE)

Serigne Mbacke Abdou RahmanePar Serigne MBACKE Abdou Rahmane en collaboration avec Serigne Bachir MBACKE Abdoul-Karim

Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux
Louange à Allah et que la paix et le salut soient sur le plus noble des prophètes, notre maître Mouhammad ainsi que sur sa famille et sur tous ses compagnons

 

INTRODUCTION

Le soufisme signifie la charité en essence. Cette charité qui est la troisième dimension de l’Islam, considérée comme la muraille qui protège la foi et l’adoration de tout ce qui peut les rendre nulles et qui fait qu’elles soient acceptées et qu’elles produisent les effets escomptés.

Le soufisme était dans ses débuts une expérience personnelle et un comportement individuel. C’est après qu’il est devenu une école à part et une méthode de penser.

Cette évolution du soufisme a pris son point de départ quand le matérialisme avait commencé à envahir la vie des musulmans après l’expansion de la conquête islamique qui a contribué à créer les richesses et à développer les commodités de nature à changer la vie des musulmans et à les pousser vers plus de jouissance matérielle. Certains hommes vertueux avaient vu à travers ses situations des signes qui montraient que les musulmans étaient en train de s’éloigner de l’esprit de l’Islam et de ses principes sublimes. Ce qui les avait poussés à choisir une autre voie basée sur l’ascétisme et le fait de s’isoler dans le but d’adorer Dieu et d’entrainer l’âme à se contenter de peu de jouissances de cette vie périssable. Puis au fil des temps, le nom «soufisme» a commencé à être utilisé pour désigner ces hommes de même qu’on utilisait d’autres vocables pour désigner d’autres qui s’activaient dans d’autres domaines tels que le vocable «fouquahaa» pour désigner ceux qui s’activaient dans le domaine de la jurisprudence et autres.

C’est après cette première génération que d’autres sont venus pour donner au soufisme ses fondements disciplinaires dans le but de protéger son essence contre la falsification et de discerner ses vrais hommes des prétentieux et ces mêmes mesures conservatoires ont été faites pour ce qui concernait les autres disciplines.

Avec l’évolution du temps et l’expansion du cercle du soufisme, on a assisté à la naissance de tendances soufies très diversifiées dont certaines étaient éloignées de la position du juste milieu et de la modération jusqu’à ce que certaines se soient même glissées dans les gouffres du panthéisme, déifier toutes les choses tandis que d’autres tendances soufies prônaient une passivité inacceptable car faisant fi du principe de la causalité universelle.

A côté de ceux là, il y avait la tendance originale du soufisme empruntée par des hommes qui la protégeaient de l’exagération et la négligence. Et ils la prônaient avec la sagesse et la bonne exhortation tout en la considérant comme une voie nécessaire pour purifier les coeurs et les âmes, promouvoir les bonnes moeurs et respecter la position du juste-milieu de l’Islam qui considère que l’homme est composé de l’intellect, de l’âme et du corps. Ce qui fait que l’homme a besoin de l’unicité de Dieu pour avoir une foi pure et du Fiqh pour faire correctement les actes d’adoration. Mais, également l’homme a besoin du soufisme pour embellir les actes d’adoration par la parure de la sincérité, entrainer l’âme à l’adoration sincère de Dieu et purifier les cœurs des maladies et des défauts.

C’est cette tendance du soufisme conforme à la sunna qu’avait empruntée Cheikh Ahmadou Bamba – que Dieu l’agrée – qui considérait le soufisme comme une monture pour accéder à la dimension de charité et à l’unicité de Dieu et à la bonne compréhension de l’Islam. C’est pourquoi il a expliqué les fondements de la voie comme étant: la foi qui s’acquiert par le tawhîd, les pratiques cultuelles fondées sur le fiqh et le perfectionnement qui s’acquiert par le tasawwuf.

Il a aussi donné une définition du «soufi» qui montre clairement le soufisme auquel il appelait, dans lequel il voyait la voie correcte pour pratiquer la religion car le soufi, à ses yeux n’est autre que le savant qui respecte la droiture et qui met en application son savoir de la façon la plus véridique jusqu’à ce que cela lui donne la pureté, la luminosité du cœur, le fait d’être en compagnie de Dieu et l’acquisition des nobles caractères.

Il dit dans son livre Masâlik al-jinân:

Le vrai «sûfi» est un savant, mettant réellement sa science en pratique sans transgression d’aucune sorte

Il devient ainsi pur de tout défaut, le cœur plein de pensées justes

Détaché du grand monde pour se consacrer au service et amour d’ALLAH, considérant à un pied d’égalité le louis d’or et la motte de terre

Semblable à la face de la terre, sur qui, on jette toutes sortes d’impuretés, faisant l’objet des plus durs traitements, mais qui ne donne jamais que du bien

Le scélérat, aussi bien que l’homme de bien, la foule aux pieds; mais elle reste immobile et impassible

Comparable au nuage qui déverse partout ses ondes et étale son ombre, sans discrimination

Celui qui atteint ce stade est un «sûfi», celui qui ne l’a pas atteint et qui se dit «sûfi», est un imposteur

Ce soufisme a ses fondements que le Cheikh avait évoqués dans un conseil qu’il avait donné à certains de ses disciples mourides. Il avait commencé par le fait de traiter régulièrement avec le Coran en le lisant, en le contemplant et en mettant en application ses enseignements, de se cramponner à la sunna du prophète, de ne pas suivre ses passions et de laisser toute l’innovation en matière de religion…

C’est à ce propos qu’il disait:

Tiens de ma part ô toi l’aspirant un conseil utile pour celui qui emprunte la voie de Dieu

Si tu t’interroges au sujet du soufisme, pour que tu sois compté parmi les connaisseurs,

Sache que le soufisme a des fondements connus au nombre de neuf chez tous ceux qui savent

Le premier consiste à l’attachement au Coran et à la sunna de l’Elu

L’abandon de toutes les passions et de toutes les innovations en matière de religion et la vénération des guides qui sont humbles devant Dieu

Trouver des excuses à toutes les créatures faire régulièrement son wird pour plaire à Dieu qui est la vérité

Eviter les mauvaises interprétations ainsi que la recherche des dérogations et avoir une ferme résolution pour le respect de la charia

Cheikhoul-Khadim se référait toujours dans ce domaine aux grands pionniers du soufisme sunnite que tous les musulmans considérés, prenaient, unanimement, pour des hommes de mérite, de savoir et de sincérité et qui sont tous éloigné de toute déviance dans le domaine de la foi ou du comportement. Il y a parmi ces pionniers le Cheikh Abdoul-Kadr Djeilani, Al-Ghazaly et At-Tidiany …

Le Cheikh se fonde sur les écrits de ceux-ci pour développer les racines de cette discipline et expliquer ses fondements et principes. Le voici en train de citer Cheikh Abdoul-Qadr Diaylany en disant:

Il cite aussi At-Tidiany sur la véracité du soufisme en disant :

D’après notre Cheikh très agréé At-tijjânî Puisse-t-il demeurer considéré par les soufis comme une perle,

Le soufisme est la mise en application des ordres du Seigneur à qui appartient la Majesté

Tout en évitant en privé et en public de faire tout ce qu’Il a interdit

Suivant la volonté du Très Haut et non pas ta propre volonté

Il cite aussi la définition du soufisme, son statut juridique et son fondement chez Imam El-Ghazaly en disant:

«Quant au soufisme, il est une obligation personnelle aux yeux d’El-Ghazaly sans une fausse imputation

On compte de ses piliers sept que sont: l’économie en parole, en nourriture, l’abandon de toute innovation,

La repentance, l’économie en sommeil, l’isolement ainsi que la droiture. Quelle bonne qualité!

***

Le soufisme selon la définition d’El-Ghazaly consiste à réserver nos cœurs exclusivement au Seigneur

Tout en méprisant, corps et âmes, tout ce qui est en dehors de Lui, que Dieu nous guide à cela

C’est ainsi que Cheikh Ahmadou Bamba estimait que le soufisme est une méthode comportementale qui tire ses références de l’Islam pur qui est basé, à son tour, sur une vérité qui illumine avec un parfait équilibre, une interconnexion totale et une intégration sans faille.

Le Cheikh dit :

La personne qui réunit le Fiqh et le tasawwuf est celle qui mérite d’être suivi»

On estimait aussi que le fait de séparer l’un de l’autre est un pur égarement qui mène ou à la perversion ou à l’hypocrisie.

Il dit à ce propos:

Celui qui prétend nager dans la mer de la Haqîqah Sans utiliser la barque de la Sharîah est d’une sottise manifeste

Il dit aussi:

Quiconque pratique le Fiqh sans le tasawwuf est d’une perversion manifeste

Quant à celui qui va dans le sens inverse [pratiquer le tasawwuf sans le fiqh], il est jugé hypocrite

Le soufisme chez Cheikh Ahmadou Bamba consiste à purifier le cœur et l’âme par une adoration sincèrement vouée à Dieu, basée sur la science exacte et la bonne conduite agréée. C’est par cette voie que l’homme peut accéder à la station de la charité et bénéficier du fait d’être proche de Dieu d’une manière qui le fera compter parmi les vertueux hommes de Dieu qui sont aimés, honorés et protégés par lui.

C’est dans cette vision du soufisme conforme à la sunna que le Cheikh a vécu et a fondé son œuvre réformatrice qui englobe les trois (03) dimensions de l’Islam qui sont: la foi exacte, la soumission totale à la volonté divine et la charité. Tout cela est incarné dans sa vie, dans ses écrits et dans sa méthode d’éducation.

 

Serigne MBACKE Abdou Rahmane avec Serigne Bachir MBACKE Abdoul-Karim