Le travail et la khidma dans la Mouridiya

Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud   Dr Khadim Sylla

Par Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud, Dr Khadim SYLLA et Serigne Mountakha DIATTARA

 

Le travail et la khidma dans la Mouridiya

 

INTRODUCTION

Les Mourides se distinguent, entre autres, par leur engouement pour le travail et leur disposition à dépenser une grande partie du fruit de leur travail dans l’intérêt de la confrérie d’une manière particulière et dans celui des musulmans d’une manière générale. Cette caractéristique, loin d’être fortuite, reflète deux principes fondamentaux de la Mouridiya que sont le travail et la khidma.

Certains parmi ceux qui ont écrit sur la Mouridiya ont commis une erreur dans leur interprétation de l’engouement des Mourides pour le travail et de leur générosité. Ceux-ci sont tombés dans une telle erreur parce qu’ils n’avaient pas une bonne connaissance de la Mouridiya, de ses principes et des facteurs qui animent ses adeptes. Ainsi ils ont jugé la Mouridiya à partir de stéréotypes tirés des mouvements que la civilisation occidentale a eu à connaître à travers son histoire religieuse. Par conséquent, certains d’entre eux ont accusé les Mourides d’accorder la priorité au travail au détriment du culte comme ils ont accusé leurs dirigeants d’exploiter les adeptes et de les dispenser du culte en contre partie du travail qu’ils effectuent pour leur compte.

C’est la raison pour laquelle nous voudrions rétablir la vérité ici en nous basant sur les sources internes mourides, notamment celles provenant de son fondateur, Cheikh Ahmadou Bamba, en lieu et place des allégations gratuites dépourvues de tout argument. Pour ce faire, nous commencerons par définir les concepts de «travail» et de «khidma» et parlerons, ensuite, de leurs bases philosophiques et des normes qui les régissent, avant d’évoquer leur impact.

Il est à noter que la substance de cet essai est tirée des quatre documents suivants:

1- Etudes critiques des écrits du professeur Rawane MBAYE sur le Mouridisme et son fondateur, Khadim SYLLA et Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud, Paris, 1994.

2- Place et philosophie du travail dans le Mouridisme, Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud, Touba, 1997.

3- Le Mouridisme: signification et principes, Mountakha DIATTARA avec la collaboration d’autres, Touba, 2009.

4- La migration interne des mourides et son impact dans le domaine économique, Dr Khadim SYLLA, Dakar, 2009.

 

LES CONCEPTS

Les concepts de travail et de khidma portent tous sur l’activité délibérée fournie par une ou plusieurs personnes, mais c’est le fruit attendu de cette activité qui différencie le travail de la khidma.

Le travail

Le travail désigne ici l’activité exercée par l’individu dans le but d’obtenir une contre partie matérielle qui peut être en nature ou en espèce.

C’est ce que désigne le vocable arabe «’amal». Quant à Cheikh Ahmadou Bamba, il emploie dans ses écrits des expressions comme talab al- halâl, kasb al-halâl ou iltimâs al- halâl qui signifient toutes «chercher le licite». Lorsqu’il emploie le vocable «’amal» dans ses écrits, il l’emploie au sens d’action à côté de savoir «al- ‘ilm wa-l ’amal».

La khidma

La khidma est un terme très usité dans les milieux soufis et plus particulièrement dans les milieux mourides. Ce terme signifie, entre autres, rendre service à quelqu’un dans l’espoir d’obtenir l’agrément de Dieu ou, d’une manière plus générale, l’activité exercée par l’individu pour obtenir l’agrément de Dieu ou pour tout autre motif en dehors du gain matériel personnel.

Le synonyme le plus courant de «khidma» est le bénévolat qui, de plus en plus, joue un rôle prépondérant dans les rapports entre les citoyens et leurs pays et dans les relations entre les peuples du monde entier.

 

LES BASES PHILOSOPHIQUES

Le travail et la khidma ont des bases philosophiques qui sont à l’origine de la place qui leur est accordée dans la Mouridiya. Ces bases sont inspirées des enseignements dont regorgent le Coran et la Sunna.

Les bases philosophiques du travail dans la Mouridiya

L’intérêt accordé au travail par les mourides est sous-tendu par une philosophie profonde qui dépasse le gain matériel. Cette philosophie trouve ses racines dans de nombreux textes de la Sunna où le Prophète –Paix et Salut sur lui-exhorte les musulmans au travail, les avertit contre la non-activité et le fait de tendre la main et où il insiste sur le rôle de la consommation du licite dans l’exaucement des prières et dans l’agrément par Dieu des bonnes actions.

Loin de prétendre aborder tous les aspects du sujet, nous nous contentons de parler de deux bases qui ont eu une attention particulière de la part de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la Mouridiya.

1- Travailler est le moyen principal pour consommer du licite

Travailler est le principal moyen qui permette de consommer du licite. Or consommer le licite facilite l’accomplissement des bonnes actions et représente une condition pour que ces actions soient agréées par Dieu. C’est ce que le Cheikh affirme en ces termes:

Chercher le licite est un devoir pour tout musulman, sans aucun doute

***

Evitez de consommer l’illicite, car il ne cesse d’être un obstacle sur le Droit Chemin.

Cherchez le licite à tout moment; c’est par sa consommation qu’apparaissent le Droit Chemin et l’obéissance à Dieu.

***

Ne consomme pas l’illicite ni le douteux. Consomme plutôt le licite.

Consomme du licite si tu veux obéir à Dieu et au Prophète, Ô pieux!

***

Ni le savoir, ni les actes de piété ne seront bénéfiques avec la consommation de l’illicite

Quiconque accomplit un acte pieux avec des moyens illicites, n’en récoltera que regret et honte.

 

2- Le travail est une garantie de la liberté de choix

Celui qui gagne sa vie par le travail ne dépend financièrement que de lui-même. Or cette indépendance financière est essentielle pour avoir la liberté de choix et d’action. Par contre, celui qui est dépendant financièrement est facilement aliénable. Le Wolof ne dit-il pas: Ku ëmb sa sanqal ëmb sa kersa? Cette aspiration à l’indépendance qui est une caractéristique permanente de la Mouridiya est bien illustrée par l’attitude du Cheikh quand il voulait construire la mosquée de Touba.

Une fois l’autorisation de construire obtenue, le Cheikh a fixé une somme (140 Francs) que tout membre de la communauté devait verser annuellement. Lorsque les cheikhs (délégués du cheikh) sont venus apporter les fameux «sas» collectés la première année, le Cheikh les a réunis et leur a tenu des propos suivants: «Je vous ai réunis pour vous expliquer la philosophie des «sas» que j’avais ordonnés. Vous savez que si je le demandais, les Français n’hésiteraient pas à me construire la plus grande et la plus belle mosquée dans un temps record. Mais je voudrais que vous le preniez comme doctrine. Chaque fois que vous aurez à réaliser un projet, réunissez vos propres moyens et limitez vos besoins en fonction de vos moyens pour ne pas dépendre de qui que ce soit. C’est de cette manière que vous préserverez votre RELIGION et votre DIGNITE»

Les bases de la khidma dans la Mouridiya

La khidma dans la Mouridiya, à l’instar du travail, s’appuie sur des bases tirées des textes du Coran et de la Sunna. Ici, nous nous contenterons d’évoquer deux de ces bases.

1- La khidma est un moyen efficace d’éducation

L’objectif de l’éducation du disciple est de lui donner une formation intégrale lui permettant d’être en bons termes vis-à-vis de Dieu, de lui-même et de ses semblables. Cela dit, un guide spirituel compétent se soucie de tous les domaines permettant de réaliser cet objectif. D’où l’orientation des disciples par le cheikh vers les différentes activités physiques, intellectuelles et spirituelles.

Selon Cheikh Mouhammad Bachir dans Minan al- Bâqî al- Qadîm «Il [le Cheikh] avait une parfaite connaissance de son peuple et de son époque. Etant conscient de l’ignorance de la chose religieuse répandue dans la population et la dégradation des mœurs en son sein, il tenait à leur imposer, en dehors du culte obligatoire et surérogatoire, des travaux physiques pour dissiper la paresse qui est l’origine de toute corruption dans le domaine religieux comme profane et dont la majorité des habitants de son terroir était réputée et pour diluer la fierté et l’orgueil qui étaient profonds en eux du fait de leur enracinement dans la nature humaine». Cela signifie que le cheikh utilisait le travail comme remède à certaines maladies du coeur dont souffraient certaines personnes, telles que l’ostentation, le fanatisme ethnique, le mépris de certaines activités et d’autres maladies du coeur qui entravent la marche du disciple. C’est ainsi qu’il orientait chaque disciple vers l’activité qui lui convenait, ce qui a permis de voir entre eux des ramasseurs de bois morts, des cultivateurs, des scribes, etc.

Il utilisait aussi ce que l’on peut appeler le contre-emploi, c’est à dire employer le disciple dans une activité à l’encontre de son activité héréditaire. C’est dans ce cadre qu’il confiait à certains qui étaient cordonniers ou forgerons les fonctions de scribes et d’enseignants, tandis qu’il chargeait certains membres des familles religieuses des travaux de menuisiers, de forgerons, etc.

2- Les mérites de la khidma

Rendre service à autrui (la khidma) est exalté à plusieurs endroits dans le Coran et la Sunna. Il est un facteur de supériorité dans la vie d’ici-bas et un moyen qui ouvre les portes du Paradis. Le cheikh dit ceci dans Masâlik al- jinân:

Il est dit que lorsque le Jour dernier arrivera, que le pont sera suspendu au-dessus de l’Enfer,

Et que les créatures seront confrontées à la tristesse et à la détresse, une voix appellera «où sont les gens de la khidma

Au bénéfice des musulmans?» Ils répondront alors et il leur sera ordonné de rejoindre vite le Paradis

En leur disant: «dirigez-vous vers le Paradis, sans épreuve et sans peine».

 

LES DOMAINES

Chacun des deux concepts du travail et de la khidma dans la Mouridiya a ses propres domaines même s’ils sont régis par des normes communes.

Les domaines du travail

Les domaines du travail sont innombrables. Car ils englobent toute activité légale génératrice de revenus, des travaux manuels primitifs à la technologie la plus récente. Ainsi, les mourides s’activent dans tous les nivaux de l’échelle du travail. Nous les trouvons, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur, dans les secteurs de l’agriculture, de l’artisanat, du commerce, du transport, de l’industrie, des services, etc.

Les domaines de la khidma

Nous entendons par domaines de la khidma les bénéficiaires de la khidma. Ces bénéficiaires sont tout aussi nombreux, allant des deux parents jusqu’à l’ensemble des musulmans.

Voici, en résumé, quelques recommandations de Cheikh Ahmadou Bamba sur ce sujet:

1- Khidma pour les parents

Obéis promptement à tes parents et sois prévenant à leur égard

Abstiens-toi, pour l’amour de Dieu, de tout ce qu’ils t’interdisent ; ton mérite grandira alors

2- Khidma pour le guide spirituel

Voue un total respect à ton guide spirituel, considère le comme un seigneur et offre lui de tes biens

Subviens à ses besoins ta vie durant en lui offrant de tes biens et en lui rendant service tant que faire ce peut

3- Khidma pour les oulémas et les vertueux

Rend visite aux oulémas et aux vertueux et rend-leur service à tout moment pour l’amour de Dieu le Majestueux

Sollicite leurs prières et cherche la bénédiction auprès d’eux; tu seras alors de plus en plus guidé

Car magnifier un savant qui met son savoir en pratique c’est magnifier Dieu, selon ce qui est rapporté

4- Khidma pour l’aîné

Lorsque tu accompagnes une personne plus âgée que toi, ne cesse de lui vouer respect

***

Rend-lui service dans tout ce dont elle a besoin; tes besoins seront alors réalisés par la suite

5- Khidma pour les camarades de route

Lorsque tu accompagnes des gens en voyage, soutiens les dans tous les besoins

Rend-leur service, surveille leurs montures et garde leur bagage derrière eux

6- Khidma pour tous les musulmans

Rend-leur service à eux tous pour l’amour de Dieu, sans vanité aucune.

 

LES NORMES

Si, dans la Mouridiya, le travail et la khidma ont cette importante considération, il est à noter que cette considération ne leur est accordée que sous réserve du respect de certaines normes. En d’autres termes, il y a des activités louables et d’autres qui ne le sont pas selon le respect ou non de normes bien définies. Parmi ces normes on peut noter ce qui suit :

1- Le fait que l’activité soit permise en soi

Les activités permises étant illimitées, nous soulignons ici quelques activités non permises banalisées par certains musulmans par ignorance ou sous l’emprise de la passion:

– le vol.

– l’usurpation (prendre le bien d’autrui par force).

– tendre la main sans une nécessité pressante.

– jeux de hasard: à titre d’exemple, tout ce que la LONASE au Sénégal organise en fait partie.

2- Le fait que l’activité qui est permise en soi ne contienne pas d’autres pratiques prohibées

L’agriculture, le commerce, l’artisanat, les services, etc. sont des activités permises en elles-mêmes. Mais il y a des pratiques qui peuvent les dénaturer et leur enlever leur caractère noble. Parmi ces pratiques, on peut citer

– Toute sorte de supercherie (tricherie, fraude, falsification): celui qui la pratique est déclaré par le Prophète –Paix et Salut sur lui- indigne d’être l’un des siens (les musulmans).

– Toute sorte d’exploitation (profiter de la nécessité d’autrui pour lui imposer sa loi): le phénomène bukki en représente l’une des pires formes.

– Toute sorte de spéculation

– L’usure (ribâ): Dieu a déclaré la guerre à celui qui la pratique, et les intérêts bancaires en font partie selon la majorité des jurisconsultes.

– Négocier dans tout ce qui entraîne l’ivresse par essence (boissons alcooliques, drogues dures et douces, etc.): celui qui y touche de près ou de loin est exposé à la malédiction divine.

3- Le fait que le travail n’empêche pas d’observer le culte à temps (prière, jeûne…)

Selon Cheikh Ahmadou Bamba, celui qui abandonne momentanément un travail pour observer la prière tirera profit de la prière et de son travail, au contraire de celui qui rate ou retarde la prière pour le travail qui ne tirera profit ni de l’un ni de l’autre.

La rigueur du cheikh dans ce domaine l’amenait même à défaire tout ce qu’on aurait fait à l’heure de la prière s’il était possible de le défaire. Sinon il ordonnait de le donner en aumône afin qu’il ne profite ni à lui ni aux siens. C’est ainsi qu’il n’acceptait aucun service qu’on lui rendrait au détriment de la prière ou du jeûne. Cette rigueur est suivie de nos jours par les cheikhs les plus fidèles à ses enseignements.

4- Le fait d’utiliser le fruit de l’activité conformément aux recommandations de Dieu

Après avoir recommandé la recherche du licite, le cheikh exige «… et une fois obtenu, on doit ne pas le gaspiller car il est rare ces temps-ci». Et ne pas le gaspiller c’est, en résumer, – Sortir sa zakât si les conditions requises sont réunies;

– Le dépenser dans les domaines de la bienfaisance (subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa famille, venir en aide aux nécessiteux, participer au financement des actions et travaux d’intérêt commun, etc.)

 

L’IMPACT DU TRAVAIL ET DE LA KHIDMA CHEZ LES MOURIDES

L’intérêt accordé par la Mouridiya au travail et à la khidma a poussé aussi bien les dirigeants de la confrérie que les adeptes à investir tous les secteurs d’activités et à dépenser promptement dans la voie de Dieu.

Parmi les aspects les plus anciens de l’impact du travail et de la khidma chez les Mourides, on peut noter les villages fondés par les dirigeants Mourides dès le départ en exil gabonais de Cheikh Ahmadou Bamba en 1895. Car depuis lors, les daara (centres d’éducation) s’occupent de la formation des disciples et de la recherche de ressources alimentaires et financières pour subvenir à leurs besoins. C’est ce qui a amené les dirigeants des Mourides à s’installer dans différents endroits du pays où ils pouvaient trouver des terres cultivables. Une enquête du ministère du Plan et du Développement en 1960 a dévoilé l’existence de 200 villages mourides fondés à des fins économiques.

La fondation de ces villages a eu un autre impact, à savoir l’accroissement de l’influence économique des Mourides. En effet, la découverte par les dirigeants des Mourides de terres vierges pour le développement de leurs cultures a coïncidé avec l’introduction de la culture de l’arachide dans le pays par les autorités de l’occupation française pour subvenir à leurs besoins oléagineux. Ainsi la culture de l’arachide a commencé à prendre la place de la culture vivrière traditionnelle et les Mourides ont vite joué les premiers rôles dans la nouvelle culture.

Les chiffres suivants donnent une idée de la contribution des Mourides dans le développent agricole.

1- Selon Donald O’Brien Cruise, les Mourides ont, à eux seuls, produit en 1958 entre le quart et la moitié de la récolte arachidière du pays.

2- A Bourlin, cité par Vincent Monteil, affirme qu’en 1959, le tonnage d’arachides produit par un village mouride pouvait rapporter jusqu’à un million de francs C.F.A de l’époque et par an.

3- En 1992, Le khalif Général des Mourides, Serigne Saliou MBACKE, a investi à Khelcom 700 millions de francs C.F.A. en matériels agricoles et en semences. Sa récolte pour la même année se chiffre à mille tonnes malgré une très faible pluviométrie.

Le rôle économique des Mourides ne se limite pas au domaine de l’agriculture. Ils se sont distingués aussi dans différentes activités économiques notamment commerciales. Cela a commencé avec les premières vagues migratoires des talibés mourides vers Dakar qui étaient originaires du Baol, en particulier de Lambaye et de ses environs, et qui ont investi la capitale sénégalaise dans les années 1940. Ces «bawol-bawol» étaient de petits commerçants et s’étaient établis non loin du centre-ville sur une vaste place appelée «Pàkku Làmbaay» pour marquer l’origine de ses immigrés. Depuis lors, sont appelés «bawol-bawol» tous les Mourides qui représentent la majorité des commerçants à Dakar et qui se comptent parmi les plus grands nantis du pays.

Pour étayer cela, il suffit de citer quelques hommes d’affaires mourides de grande renommée:

1- El Hadji Babacar KEBE, dit NDiouga: Le plus connu des riches sénégalais en son temps. Il investissait dans plusieurs domaines (mobilier, textile, commerce, hôtellerie, etc.)

2- El Hadji Djily MBAYE: Il avait une fortune comparable à celle de NDiouga et investissait dans les mêmes domaines que lui, avec la différence qu’en tant que membre du conseil économique et social, il investissait dans le cadre du plan de développement.

3- A côté de ces deux personnalités, on peut citer d’autres opérateurs économiques tels que El Hadji Mor SOURANG, M. Alla SENE, M. Abdou Karim FALL, El Hadji Serigne SALL, El Hadji Bara MBOUP, etc. qui s’activaient dans les différents secteurs de l’économie.

Dans le domaine de l’industrie, les Mourides détiennent 70% des entreprises dans la zone industrielle SODIDA.

Dans le domaine de l’artisanat, les Mourides occupent 7/10 des activités de la cordonnerie à Tilène et 6,5/10 de la fabrication d’objets d’art africain au village artisanal de Soumbédioune.

D’autre part, la présence des Mourides et leur dynamisme dans la diaspora en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord et en Asie n’est qu’un des résultats de leur attachement au travail.

Mais de tous les aspects de l’impact du travail et de la khidma dans la Mouridiya, ce qui nous paraît le plus important c’est cette capacité des Mourides à être autosuffisants qui leur a permis de réaliser sur fonds propres de grands travaux à des temps records et dans des circonstances difficiles. Parmi ces réalisations, les grandes mosquées de Touba et Diourbel, la bibliothèque Cheikhoul Khadim, le siège de la Khilafa et le projet de l’université. A côté d’infrastructures telles que l’hôpital Matlaboul Fawzaïni, des marchés, des routes goudronnées, etc. Cela leur a assuré une indépendance parfaite et une liberté totale devant toute pression venant de l’intérieur ou de l’extérieur.

 

CONCLUSION

A travers les pages précédentes, on a tenté de démontrer que l’engouement des Mourides pour le travail et leur promptitude à financer les projets d’intérêt commun ne sont que le reflet de facteurs qui trouvent leurs origines dans les textes du Coran et de la Sunna. Ces facteurs se résument, pour l’essentiel, au fait que le travail est le moyen principal de consommer le licite et pour l’autosuffisance, ce qui entraîne l’agrément du culte et le libre choix.

D’autre part, nous avons démontré que le travail qui mérite cet intérêt chez les Mourides inclut tout travail légal permis par la charia et que la khidma chez eux profite à tous les êtres humains.

Il a été démontré aussi que le travail et la khidma dans la Mouridiya sont régis par des normes bien déterminées qui garantissent leur légitimité. Ces normes se résument, à leur tour, au fait que l’activité soit permise par la charia et qu’elle n’empêche pas d’effectuer les cultes comme la prière et le jeûne.

En fin, nous avons constaté quelques aspects de l’impact du travail et de la khidma dans la Mouridiya qui ont tous abouti à la forte influence économique des Mourides qui a eu comme conséquences une influence politique, l’autosuffisance et le libre choix.

S’appuyant sur tout ce qui précède, nous voyons dans l’expérience mouride, en dehors des facteurs et normes religieux, une issue pour les pays en voie de développement dans leur ensemble face au sous-développement et un rempart face à la dépendance vis-à-vis de l’Occident ou de l’Orient.

 

BIBLIOGRAPHIE

1- Le Coran et les recueils de la Sunna.

2- Cheikh Ahmadou Bamba, Masâlik al- jinân.

3- Cheikh Ahmadou Bamba, Munawwir as- sudûr.

4- Cheikh Ahmadou Bamba, Nahj qadâ al- hâj.

5- Cheikh Ahmadou Bamba, Recueil de recommandations, correspondances, maximes, etc.

6- Cheikh Mouhammad Bachir MBACKE, Minan al- Bâqî al- Qadîm.

7- Khadim SYLLA et Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud, Lecture critique des écrits du professeur Ravane MBAYE sur le Mouridisme et son fondateur, Paris, 1994.

8- Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud, Place et philosophie du travail dans le Mouridisme, Touba, 1997.

9- Mountakha DIATTARA, Le Mouridisme: signification et principes, Touba, 2009.

10- Dr Khadim SYLLA, La migration interne des mourides et son impact dans le domaine économique, Dakar, 2009.

 

Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud, Dr Khadim SYLLA et Serigne Mountakha DIATTARA