Un aperçu historique sur la mouridiya et son fondateur

Pr Galaye Ndiaye
Par le Pr. Mouhammad Galaye NDIAYE

Un aperçu historique sur la mouridiya et son fondateur

Cet aperçu va d’abord porter sur Cheikh Ahmadou Bamba Khadim Rassoul puis sur le témoignage de quelques notables contemporains sur sa personne.

 

  1. CHEIKH AHMADOU BAMBA KHADIM RASSOUL

Il est né Ahmad ibnou Mouhammad ibnou Habiboul Lahi, surnommé Khadim Rassoul et plus connu sous le nom de Cheikh Ahmadou Bamba.

Le Cheikh a vu le jour en 1853 dans le village de Mbacké Baol qui fut fondé par son grand-père Mouhamadoul-Kabir, connu sous le nom de Mahrame.

Selon certaines versions, Cheikh Ahmadou Bamba est issu d’une noble famille d’origine toucouleur. Son père Momar Anta Saly fut le conseiller de Lat Dior, grand résistant à la colonisation française, abattu en 1886 à Dékhelé sous les feux des colonisateurs.

La très grande piété de sa mère lui valut l’appellation de Diariatoul-Lahi Maryama Bousso. Le Cheikh a commencé à mémoriser le Saint Coran dès le plus bas âge auprès de l’oncle maternel de sa mère, le grand exégète du Coran Mbacké Ndoumbé. Après avoir mémorisé le Coran, il s’initia aux sciences arabo-islamiques entre les mains de son père. Puis, il partit poursuivre sa formation auprès de Serigne Samba Toucouleur Ka, auprès du Cadi Madiakhaté Kala, son oncle maternel, Mohamadou Bousso, et auprès d’autres grands maîtres de l’enseignement arabo-islamique de l’époque.

Au nombre de ces maîtres se trouvait aussi le grand Cheikh mauritanien Mouhammad Ibnou Mouhammad Al-Karim Al-Fadhily Ad-Daymany.

A l’âge de vingt ans alors qu’il avait déjà maîtrisé la plupart des disciplines scientifiques de l’époque, il avait vu se renouveler sa repentance du fait de la lumière de la science qui l’avait illuminé et que les illusions et les jouissances de la vie mondaine étaient mises à nu devant lui.

Puis, il a emprunté la voie des maîtres soufis avec une forte résolution et une haute ambition de retourner à Dieu et de rechercher la vraie connaissance. Ceci par la grâce divine qui l’avait prédestiné à devenir une sorte d’embouchure et de convergence des hommes de bien.

Lui-même dans son livre bidâyat as- sulûk li mujâwarat malik al- mulûk a mentionné cette étape des pérégrinations caractérisées par des voyages à la recherche des maîtres et des Wird. Il a continué dans cette étape jusqu’à ce qu’il fut orienté à servir le Prophète Mouhammad (PSL) le dernier des messagers, en 1311 de l’hégire correspondant 1893-1894 de l’ère chrétienne. Il dit à propos de cette étape:

Je n’ai jamais cessé depuis l’âge de la majorité de chercher à accéder à la connaissance de Dieu tout en me repentant à Lui le Très Haut

J’ai fait beaucoup de pérégrinations pour chercher des savants et des saints par mon intention, mes actions et mes propos

Ceci pour que ma vie ne soit pas peine perdue ! par une confiance qui m’a poussé à emprunter

Cette voie jusqu’à ce que je sois totalement tourné en 1311 de l’hégire à servir la meilleure des créatures, le maître des bienfaits

C’est son père qui le premier lui donna son wird de la Quadriya, de même qu’il a utilisé le wird de la Chazhylya et de la Tidianiya plus tard en Mauritanie après la mort de son père en 1299 de l’hégire, correspondant 1881 de l’ère chrétienne.

A l’âge de trente ans, il était déjà très réputé du fait des livres très rares qu’il avait produits dont les gens de son époque avaient grandement besoin en plus de sa piété, de son ascétisme et de son intelligence très remarquables.

C’est pendant cette période juvénile que le Cheikh a eu à rédiger de la prose en poésie, au moment où il était étudiant dans le centre de son père, les livres suivants:

  1. «Mukhtasar al- Akhdarî» qu’il a intitulé «Al- jawhar an- nafîs» (« Le Joyau précieux », traité de Jurisprudence islamique)
  2. «Umm al- barâhîn» sur la Théologie écrit par l’Imam As-Sanoussy auquel il a donné le nom de «Mawâhib al- Quddûs» (« Les Dons du Très-Saint »)
  3. Un autre livre sur la morale et la bonne conduite écrit par l’Imam Ad- Dalhadji qu’il a renommé «Nahj qadâ al- hâj» (« La voie de la satisfaction des besoins »)
  4. Quand il approcha la quarantaine, il effectua le même travail concernant un livre nommé Khatimayoul-Tassawouf écrit par le Cheikh Mouhamad Ibnou Sahid Al-Yadaly. Il avait enrichi son travail sur ce livre par des citations et des déductions utiles à partir de différents livres tels que: Zahaboul-Ibriz Fi TafsiriKitabil-Lahil Aziz écrit par le même Yadaly, le livre «Junnat al-murîd» écrit par Cheikh Sidiya Moukhtar Al-Kounty, le livre «Ihyâ ‘ulûm ad- dîn» écrit par Abû Hâmid Al-Ghazâlî et le livre «Al- hikam» écrit par Ibn ‘atâ al- lâh as-sakandarî.
  5. De même qu’il s’était référé à d’autres savants dans un autre livre qu’il a écrit lui-même et intitulé Masâlik al- jiân (« Les itinéraires du Paradis ») tels que: Cheikh Abd al- Wahhâb ash- sha’rânî, Cheikh Abû al- ‘abbâs Ahmed ibn Ahmad ibn Muhammad Zarrûq et autres

A côté de ces livres-, il a eu à rédiger d’autres livres sur l’unicité de Dieu, la jurisprudence islamique et le soufisme, notamment: Tazawwud as- sighâr, Jazbat as-sighâr, Tazawwud ash-shubbân, Mulayyin as- sudûr et autres.

Il est important de noter que le travail du Cheikh sur les livres en prose ne s’est pas arrêté au simple fait de les réécrire en poème pour rendre sommaire ceux qui étaient longs ou en rendre d’autres plus simples et plus faciles à comprendre par le commun des mortels. Mais, outre tout cela, il les a beaucoup enrichis , de même qu’il a eu à appuyer et à faire valoir par son autorité scientifique certaines questions par rapport à d’autres. Ce que les anciens auteurs n’avaient pas fait.

Après le rappel à Dieu de son père, on lui avait proposé la fonction de conseiller du prince «Lat Dior» pour lui succéder. Il faut dire que ce poste pouvait lui procurer beaucoup de cadeaux et les jouissances matérielles de ce bas monde. Mais lui, il avait refusé cette offre très captivante à travers un poème plus dur que mille lances lancées d’un seul coup:

Ils me disaient va aux portes des rois tu en gagneras des cadeaux qui te rendront riche à jamais

Je leur ai rétorqué, Dieu me suffit et je me contente de Lui et je n’agrée autre chose en dehors de la science et de la religion

Et je n’aurai jamais à placer mes craintes ou mes espoirs que sur mon Seigneur car Il est le Très Haut qui peut me rendre riche et me mettre à l’abri

Comment pourrais-je confier mes affaires à des gens qui sont incapables de gérer leurs propres affaires comme des misérables.

Comment l’engouement pour les biens périssables de ce monde puisse me pousser à être à proximité d’hommes dont les demeures constituent des jardins pour les démons

Si je me trouve dans une situation de tristesse ou de besoin, je n’aurai qu’à formuler des prières à l’endroit du maître du Trône

Il est le porteur de secours qui est capable de tout et c’est Lui qui détermine toute chose selon Sa volonté

S’Il veut qu’une chose soit faite à l’instant, elle en sera ainsi s’Il veut aussi la retarder, elle prendra du temps

O toi qui me blâmes, épargne-moi tes blâmes car, la perte des biens matériels ne me rend pas triste

Si mon défaut consiste à tourner le dos à leurs biens périssables, C’est un défaut précieux dont je n’ai absolument pas honte.

Après son installation sur le fauteuil de son père rappelé à Dieu pour lui succéder sur la gestion de son école, il effectua une pérégrination à la recherche de découvertes mystiques et scientifiques.

Cette pérégrination avait des objectifs tels que:

– Pouvoir recevoir l’autorisation correcte pour exercer certaines formules mystiques sous forme de wird, en vogue en ce moment auprès des cheikhs de la Quadriya, de la Tidianiya et de la Chazhylya.

– Pouvoir chercher un Cheikh qualifié pour lui faire emprunter de façon graduelle la voie des vrais connaisseurs de Dieu.

– Avoir la possibilité de compiler des livres, surtout concernant le soufisme.

– La volonté de rendre visite à des saints morts ou vivants.

Il faut signaler que dans cette séquence de l’histoire et de l’espace temporel où Cheikh Ahmadou Bamba est apparu, la science était très rare comme le souligne l’auteur du livre Al-Minane en ces termes: «la connaissance, à ce moment-là, était très rare comme quelque chose qui se cache dans le gésier d’un phénix et le soufisme était, à cette époque, comme une voie dont les jalons se sont presque effacés». A cette époque, la marche des choses exigeaient l’apparition d’une personne capable de mener une réforme religieuse et de créer les conditions d’une renaissance au niveau de la vie religieuse et temporelle. Conformément à ce hadith où le Prophète disait: «Dieu envoie pour cette communauté, tout les cent ans, quelqu’un qui lui revivifie sa religion».

Tout cela montre que le Cheikh était préparé par la grâce de Dieu pour qu’il fasse sa réforme à partir de 1311 de l’hégire correspondant à 1893-1894 du calendrier grégorien qui était l’année qui avait marqué le début du scellement des actes d’allégeance. Ceci du fait qu’il était le réformateur de la religion islamique pour le quatorzième siècle de l’hégire du Prophète nommé Moustapha. Il dit à ce propos:

Aucune religion en dehors de l’Islam ne sera agréée auprès de Dieu et c’est lui [l’Islam] que nous revivifions

Après son retour de cette tournée très fructueuse, il avait continué à enseigner à ses élèves. Il les réunit en 1883 pour leur déclarer que sa mission ne se limitait plus à donner uniquement des enseignements théoriques mais qu’elle viserait désormais à éduquer chaque individu conformément à son cas spécifique. C’est dans ce cadre qu’il leur a donné le choix de rester avec lui ou de chercher ailleurs un autre maître pour l’enseignement livresque.

C’est à partir de cet événement déclic très significatif qu’est né la Mouridiya comme un mouvement réformateur dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement de façon différente des autres écoles qui se contentaient de donner uniquement des connaissances théoriques aux apprenants sans se soucier aucunement de construire leur personnalité sur le plan comportemental et moral.

Ainsi l’éducation par la himma (l’aspiration) a été introduite comme nouvel élément dans les programmes des établissements d’enseignement traditionnel dits «daara».

C’est cette rupture méthodologique qui se trouve en conformité avec l’esprit et la méthode du Coran, dans le domaine de la construction de l’individu musulman sur le plan intellectuel et spirituel. Allah nous dit dans le Saint Coran: «Notre Seigneur, envoie vers eux un messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la sagesse et les purifier. Car c’est Toi, certes, le Puissant, le Sage» (Coran, S.02 V.129)

Il est à signaler que le Cheikh Ahmadou Bamba ainsi que ceux qui marchaient sur sa nouvelle méthode éducative avaient suscité une farouche opposition et une violente attaque de la part des hommes à l’esprit demeuré parmi les notables de l’époque qui se moquèrent d’eux en disant: «nous ne connaissons aucune autre voie qui mène au paradis si ce n’est celle de l’apprentissage et de l’enseignement livresques».

L’imitation aveugle était un trait distinctif de cette époque. C’est ce qui fait qu’une nouvelle tentative pour réformer la société d’alors ne pouvait que recevoir une farouche opposition de la part des forces de la stagnation qui étaient du côté des rois autocrates locaux. Une description ne peut s’appliquer à cette situation mieux que ces phrases de la part de Sahid Ibnoul-Hadad un jurisconsulte de Kairouan (décédé en 330 de l’hégire) pour qualifier les savants musulmans qui avaient préconisé la fermeture de la porte de l’effort d’interprétation (Ijtihad) en disant: «Ce qui a amené beaucoup de gens à l’imitation aveugle, c’est le déficit d’intelligence et le manque d’ambition».

Les quelques vers ci-dessous montrent que le Cheikh avait fait la déclaration précédente sous l’ordre du Prophète Mouhammad qui lui avait ordonné de rendre public son appel à la réforme:

Il fait parti des gestes prodigieux du Prophète –qu’il soit salué et béni par l’Eternel le fait de rassurer son serviteur en lui ordonnant de rendre public son appel

D’instruire ses disciples ainsi que tous ses contemporains qui acceptent ses conseils et de le guider vers Dieu en le purifiant des défauts et en le parant des vertus

le guider vers Dieu en le purifiant des défauts et en le parant des vertus

La Mouridiya en tant que mouvement réformateur est apparu à partir de 1311 de l’hégire, correspondant à 1893-1894 du calendrier grégorien.

On peut résumer les fondements généraux sur lesquels la Mouridiya est érigé comme suit:

– Abandon de l’imitation aveugle

– Retour aux origines que sont: Coran/ Sunna/ Allah/ Messager/ adoration/service pieux

C’est cela le contenu des propos de l’auteur du livre «Minan al- Bâqî al- Qâdîm » quand il disait (p. 152): «Son renoncement à la dépendance aux créatures pour dépendre exclusivement du Créateur et son renoncement aux intermédiaires habituels pour l’intermédiaire par excellence la meilleure des créatures Paix et Salut sur lui».

Les contenus de ces fondements sont mis en lumière à travers un de ces poèmes agencé selon l’ordre de l’alphabet arabe. Il dit dans ce poème :

Louange à Allah qui m’a fait éloigner de par sa grâce de toutes les hérésies pour m’orienter vers la sunna

Je Lui rends grâce pour nous avoir gratifiés du Livre, de la sunna la plus pure et de la droiture

Je lui rends grâce pour Ses recommandations à caractère obligatoire et surérogatoire et pour les autres bienfaits

J’implore le pardon d’Allah le Maître du Destin pour tout ce que j’ai commis précédemment

Aujourd’hui, je fais acte d’allégeance au Prophète nommé Moustapha pour le servir, qu’Allah fasse que j’honore mon engagement!

Je me suis engagé avec Dieu de me tenir à son livr pour servir le nommé Moustapha qui est la porte de la droiture

Il est celui qui mérite le plus mes services parmi toutes les autres créatures par le poème et par la prose, lui qui est le messager de la miséricorde

Jusqu’à ce qu’il dise:

Il m’est clairement montré que le fait de se cramponner au Livre et à la sunna du Prophète nommé Moustapha est la droiture

Je m’appuie sur Allah à compter d’aujourd’hui jusqu’au jour £le plus grand à travers ces deux références

Se fera tort à lui-même celui qui ne se cramponne pas à ces deux solides cordes de Dieu

J’ai persévéré dans le fait d’adorer Allah et de servir le messager depuis 1311 de l’hégire jusqu’au jour où je quitterai ce bas monde

Il dit aussi dans le même poème :

C’est par le fait de servir le Coran et la sunna et non pas à travers l’argent, que mon patrimoine s’éternise et reste à jamais

Il dit aussi dans le même poème :

On a agréé mon service envers le Prophète nommé Al-Mujtabâ et cela dépasse pour moi le poids de la terre en or

C’est pendant ce tournant historique que le Cheikh avait commencé à former la première génération de ses disciplines. C’est après son déplacement de MBACKE Kadior qu’il a fondé son premier propre village nommé Darous-Salam en 1304 de l’hégire / 1886 de l’ère chrétienne. C’est après qu’il a fondé la ville de Touba en 1306 de l’hégire, correspondant à 1888.

Il était apparu avec son mouvement réformateur qui comportait des idées très constructives dans le domaine de l’éducation, de l’enseignement, en total déphasage avec l’idéologie coloniale.

C’est pour cette raison que les autorités coloniales visaient farouchement à arrêter son appel en l’accusant de préparer une campagne de jihad et de troubler l’ordre public. Toutes ces accusations lui avaient été adressées à l’occasion de la tenue d’une audience à Saint-Louis. De cette audience, avait résulté la décision de l’exiler au Gabon de 1895 à 1902. Il est parti en exil à bord d’un bateau nommé Ville-de-Pernambouc, du nom d’une ville du Brésil.

Le Cheikh dit à ce propos:

Dieu a introduit dans les cœurs de ceux qui ont causé son exil à cette époque

L’idée de le sortir vers les pays lointains là où il a obtenu ce qui dépasse l’ouïe de la Shariah

C’est à bord de ce bateau qui le menait vers l’exil qu’il reçut la bonne nouvelle d’être devenu le serviteur du Prophète (Khadimou-r Rassol). C’est à ce propos qu’il écrit:

Le Miséricordieux m’a appris à bord du bateau que je suis le serviteur du maître de Médine

Cheikh Ahmadou Bamba qui était un soufi, très respectueux de la Chariah, attendait en ce moment la , de façon métaphysique, la charge de commencer le service pour lequel il avait fait acte d’allégeance au Prophète Mouhammad (PSL) en 1311 de l’hégire /1893-1894 du calendrier grégorien où il disait:

Aujourd’hui je fais acte d’allégeance au Prophète l’Elu pour le servir, qu’Allah fasse que j’honore mon engagement

Je me suis engagé avec Dieu de me tenir à son livre pour servir l’Elu qui est la porte de la droiture

Dans l’évolution de la pensée du cheikh, la khidma a connu trois étapes que nous résumerons dans ce qui suit :

L’étape de la gestation 1301-1311 de l’Hégire (1883-1894) :

C’est l’époque de la naissance de l’idée, à savoir l’intention de consacrer la khidma exclusivement au Prophète –Paix et Salut sur lui.

Il a manifesté la khidma en l’an 1313 tandis que son cœur l’avait en intention depuis 1301

L’année du pacte d’allégeance 1311 de l’Hégire (1893-1894):

C’est l’année durant laquelle le cheikh a noué avec le Prophète –Paix et Salut sur lui- le pacte de lui consacrer la khidma.

Aujourd’hui je fais acte d’allégeance au Prophète l’Elu pour le servir, qu’Allah fasse que j’honore mon engagement

Il est à signaler ici que le Cheikh, en concluant ce contrat de service, a opéré une révolution sans précédent dans la pensée soufie dans toute l’Afrique. Car il est le premier homme noir qui a opéré une rupture épistémologique par rapport aux maîtres de l’époque pour se consacrer exclusivement au service du Prophète Mouhammad à l’exclusion de tous les autres.

Comme nous l’avons dit, il est le premier homme noir, à notre connaissance, dont l’aspiration s’est élevée jusqu’à faire du Prophète Mouhammad son intermédiaire direct au degré de fonder de façon indépendante sa propre voie

L’étape de la manifestation publique ou l’année de la sortie en 1313 (1895) :

C’est l’année de la sortie de la clandestinité à l’action publique, à savoir la déclaration officielle de ce service. Cette sortie avait aussi marqué le début de l’étape dite «service maritime» qui est le secret qui se cache derrière son exil au Gabon de la part des autorités coloniales :

«Il a manifesté publiquement le service en l’an 1313 / 1885…»

Le Cheikh nous a raconté que, pendant son voyage vers la terre de l’exil, les colonialistes lui avaient fait subir différentes sortes de pression et de supplice pour le pousser à abandonner son attitude intransigeante. Le Cheikh nous dit dans son livre : Jazâ ash- shakûr al- ‘atûf fî jawâb ‘Abd al- latîf :

Si je me souviens de cette nuit et de ce commandant ainsi que des conditions de mon emprisonnement

Mon âme ne peut manquer de pencher vers la jihad par les lances mais le Prophète nommé Mâhî m’en a dissuadé

Dans un autre très célèbre poème connu sous le nom de «Yâ jumlatan qad thallathû», il fait allusion à cet événement pour nous informer de la vraie cause de sa déportation de sa demeure et de son pays le Sénégal en destination de la Mauritanie entre 1903 et 1907.

Voici des vers de ce poème :

Ô vous qui, par pur égarement, croyez en la trinité à l’endroit de celui qui n’a ni père ni fils

Vous m’avez sorti de chez moi en déclarant que je suis esclave de Dieu et que je suis un combattant

Vous prétendez qu’il y a des canons chez moi étant tous habités par la haine et la jalousie à mon endroit

Vous avez raison, je suis bien Son esclave et le serviteur du fils d’Abdoul-Lahi qui est le reconnaissant

Votre propos qui consiste à dire que je mène un jihad est aussi vrai car je mène effectivement un jihad pour l’amour de Dieu

Mais je mène un jihad par le biais de la science et de la piété tout en étant un esclave [de Dieu] et un serviteur [du Prophète] et l’Omnipotent en témoigne

Le but de cette déportation en Mauritanie était de lui faire sentir son infériorité devant les Maures de couleur blanche. Car, pour ces colonialistes, s’il se prenait pour un érudit, il trouverait les Maures plus versés que lui dans les sciences islamiques. Ce qui n’est pas du tout conforme à la réalité. S’il se considérait aussi d’une famille enracinée dans la noblesse, il trouverait que la noblesse de la lignée familiale d’un Noir ne peut jamais égaler celles des familles qui vivent dans le désert mauritanien. Ils visaient aussi à le mettre dans une situation d’embarras pour qu’il cesse ses activités et abandonne son projet de réforme religieuse. Mais, hélas pour ces colonialistes! les résultats de cette déportation s’avérèrent tout à fait contraires à ceux qu’ils escomptaient. Ce qui avait totalement bouleversé leurs plans et stratagèmes.

C’est à ce propos que le Cheikh dit:

Quiconque croit que ma déportation en 1321 de l’hégire [1903] est similaire à celle qui m’avait été infligée en 1313 de l’hégire [1895]

Est, sans doute, un ignorant naïf car ce voyage était un adoucissement de ma vie de la part du Très Haut

La déportation en 1313 n’est qu’une récompense de la part de Celui qui a tenu une bonne promesse qu’Il m’avait faite

C’est dans une localité très célèbre en Mauritanie connue sous le nom de Sarsarah que le Prophète Mouhammad (PSL) est apparu au Cheikh pendant le mois de Ramadan de l’an 1322 de l’hégire / 1904 en état d’éveil, non celui du sommeil, il lui donna le wird nommé Al-Wirdoul-Maakhouz c’est-à-dire le wird qui est reçu de Dieu par l’intermédiaire de son messager. Cette localité est habitée par une tribu nommée: Awldoud-Daymane. Les Maures se précipitaient pour lui rendre visite dans cette localité et pour le recevoir de lui

C’est dans ce cadre que le Cheikh a rédigé les vers suivants:

Mes louanges et remerciements sont consacrés, à Sarsara, à Celui qui a agréé l’intégralité de mes actions sans désapprobation aucune

A Lui tous mes éloges et toute ma satisfaction sans aucune contestation depuis qu’Il a guidé à mon endroit des alliés parmi les bani-Daymane

Ceux qui ont pris la destination de Sarsarah pour me rendre visite se sont débarrassés des péchés dans les deux demeures

Après son retour de la Mauritanie, il se trouva automatiquement soumis à résidence surveillée à l’intérieur de son pays dans un village nommé Thiéyenne entre 1907 et 1912. La surveillance coloniale était particulièrement dure à cause de la bousculade des disciples dans le lieu de sa résidence (que Dieu l’agrée). C’est après qu’il fut déplacé de nouveau vers une nouvelle résidence surveillée à Diourbel. C’est à l’occasion de son déplacement de Thiéyenne à Diourbel qu’il a rédigé les vers suivants:

Ils ont voulu me faire déplacer vers Diourbel en 1330 de l’hégire mais s’ils avaient su les secrets qui étaient dans ce déplacement, ils ne l’auraient pas voulu

Car le déplacement constituait un déclin et un préjudice pour mes adversaires et un renforcement et une consécration pour moi

Toutes ces pressions de la part des autorités n’avaient aucunement atteint son moral ou diminué sa résolution. Mais au contraire, elles l’avaient fortifié davantage. Les disciples mourides venaient en masse pour rechercher avec enthousiasme sa bénédiction là où il se trouvait pendant tous ses exils répétitifs. Ce qui inspirait une peur noire aux autorités coloniales et les poussaient à le transférer de nouveau vers une autre localité.

Pendant sa résidence à Diourbel, le Cheikh avait su exploiter la tranquillité relative dans laquelle il se trouvait pour éduquer ses disciples et diffuser ses enseignements. C’est à ce moment-là qu’il y a construit une mosquée considérée comme l’une des plus importantes mosquées de l’Afrique occidentale à cette époque. Son lieu de résidence qu’il a baptisé Al-Bouqhatoul-Moubarakatou faisait l’objet de visite des savants venant de toutes parts et un point de mire pour les nécessiteux de l’intérieur et de l’extérieur du pays. Le Cheikh avait continué dans cette situation jusqu’à son rappel auprès de son Seigneur le très haut en 1346 de l’hégire correspondant 1927 du calendrier grégorien. C’est à la suite de son décès que son saint corps fut transporté à Touba, la capitale de la Mouridiya qui attire à elle des grandes marrées humaine à l’occasion de sa célébration annuelle connue sous le nom de Magal correspondant au 18 safar de chaque année.

  1. TEMOIGNAGES DE QUELQUES GRANDES FIGURES DE SON EPOQUE
  • Le Cheikh Sidiya Baba dit Al-Hafid (décédé en 1342 de l’hégire / 1924 de l’ère chrétienne)

Ce Cheikh était le pivot de la Quadriya et son point de repère à cette époque. Dans un poème inclus dans un grand recueil de plusieurs milliers de vers de la part des poètes des Zawyah mauritaniennes sur les mérites de Cheikhoul-Khadim, Cheikh Sidiya Baba donne son témoignage sur le Cheikh Ahmadou Bamba qu’il décrit comme étant une pierre philosophale aux propriétés merveilleuses. Voici ces vers:

Cheikh Ahmadou Bamba est un bienfait dédié à toutes les créatures de la part de leur Seigneur

Louange à Dieu dont les bienfaits ne peuvent pas être énumérés par Ses créatures

A tout moment où le besoin se présente, il arbore volontiers l’étendard de la gloire avec joie

Lorsque les ambitions nobles font défaut, déterminé et décidé, il en porte les plus grandes

Le terroir qui a l’honneur de l’abriter n’a pas à se plaindre de l’absence de pluie

Vous faites oublier par votre générosité aux quémandeurs leur propre pays jusqu’à ce qu’ils considèrent votre demeure comme la leur

Ils les accueille avec une joie sincère comme si ce sont eux qui lui donnent ce qu’il leur a donné

Toutes les communautés ont témoigné qu’il est généreux, noble et très pieux

Il fait partie de ceux qui se font obligation le fait de se rendre utile aux gens de même qu’il fait partie de ceux qui mentionnent fréquemment le Nom de Dieu

Il accepte les événements tels qu’ils se déroulent en se remettant à Dieu sachant que c’est son Seigneur qui les déroule

Les causes apparentes ne lui cache pas la réalité lorsque tant d’autres se perdent dans leurs ténèbres

Que la prospérité continue de descendre chez toi et que tu continues de respirer ses bienfaits

Les populations affluent vers lui pour trouver des solutions à leurs occupations, les unes tenant à la vie d’ici-bas, les autres à la vie dans l’Au-delà

Cheikh Sadibou (décédé en 1917)

Ce Cheikh était aussi l’un des piliers de la Quadriya et l’un de ses plus grands dignitaires. Il est très connu comme étant l’un des homes de Dieu et comme un descendant de la famille du Prophète (PSL). Pour toutes ces considérations, il jouit d’une très grande place dans le cœur des Sénégalais et dans tous les pays limitrophes. Ce Cheikh a fait plusieurs témoignages à l’endroit de Cheikhoul-Khadim dans le même recueil de poèmes. Nous ne pouvons pas les citer tous. Mais nous en donnerons quelques uns seulement.

A l’occasion du retour du Cheikh Ahmadou Bamba de son exil maritime, il l’a félicité par un poème très vivant dont voici quelques vers :

De ces origines, il avait été déporté par les colons et il est devenu comme or pur dans les mers

Il est sorti de la nacre du fond de l’océan pour apparaître scintillant de mille feux éblouissant les regards

Quel étonnante alchimie d’épreuve par laquelle l’or pur des créatures est devenu une perle incomparable

Et quelle étonnante lune pleine de lumière disparue à l’ouest avant de réapparaitre comme un soleil en élévation et en expansion

Quelle grande chance! La porte de la repentance est ouverte devant tout aspirant à Dieu qui cherche à se rapprocher de lui

Félicitation à cette religion qui était toute triste mais qui, maintenant, se pavane dans la joie et dans la fierté grâce à toi

Il avait aussi envoyé à Cheikhoul Khadim une missive pleine d’allusions gracieuses qui montre son attitude bienveillante à l’endroit du fondateur de la Mouridiya et de sa grande place dans la Oumma islamique. Voici le contenu de cette missive:

«Au nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux et que la paix et le salut soient sur la meilleure des créatures.

Après ces mots d’usage, j’envoie à Cheikh Ahmadou Bamba, que la malédiction d’Allah soit sur toute personne qui le déteste ou l’insulte, une parfaite salutation et un hommage généralisé de la part de Sahdou Abihi.

Le motif de cette missive après mes salutations se résume en deux choses: la première: ne m’oublie pas, la deuxième: n’oublie pas la communauté du Prophète Mouhammad (PSL) ici-bas et dans l’Au-delà. Que la paix soit sur vous.

Signée Cheikh Sadibou petit fils du Messager d’Allah»

  • Le Cheikh Abdul Tamkly Ad-Daymany

Il fut l’un des plus grands savants de la Mauritanie qui ont témoigné toujours dans le même recueil de poèmes susmentionné, que le Cheikh Ahmadou Bamba jouissait de l’état de ghawthya c’est-à-dire le fait d’être un secours de Dieu pour les créatures.

Voici ce qu’il en disait:

Aie tendance à aller vers Darou Salam et vers Touba lorsque tu crains les revers du temps

Tu jouiras d’un regard de la part du Refuge du temps, regard qui te vaudra le bon retour et la félicité

  • Mouhammad Ibnou Baba Ibnou Ach-Chérif As-Sa’îdî

Lui, il fut l’un des plus distingués poètes mauritaniens. Il a fait un excellent poème sur les mérites exceptionnels de Cheikhoul-Khadim inclus aussi dans le même recueil. Voici ses propos:

Les gens marchent vers lui de l’Est et de l’Ouest, certains par la voie maritime et d’autres par la voie terrestre

Des délégations lui ont rendu visite venant de la grande Syrie et de la Mecque et d’autres venant de Tayba [Médine] et de l’Egypte

Il en a reçu d’autres venant de Fès et de son côté ouest ainsi que de Tanger et de Tunis

D’autres sont venues de la montagne d’Al Aklawa ainsi que de Sidjilmas et de Ouadi Adra

Il est impossible de voir une réputation comparable à la sienne de même qu’il n’y a aucun dignitaire qui lui est semblable

Pour ce qui est de ses actes miraculeux, il suffit de mentionner son retour de la mer indemne,

Ainsi que la conformité absolue ce ses actions aux recommandations de notre Prophète. Quelle fierté pour moi et quel trésor!

Et il lui a fait acte d’allégeance dans les îles au milieu des vagues où il a obtenu une nette victoire

En plus de cela, il est le Pôle et le Refuge de tous les pays et celui qui approvisionne les créatures. Et je le crois unique dans ce domaine

Témoignent de tout cela son ascétisme, son respect pour la Sunna, ainsi que ses dépenses très généreuses qu’il fait en public et en privé

Il y a aussi son détournement total de tout ce qui ne relève pas de Dieu et sa détermination absolue à suivre la Sunna rayonnante

Il disait aussi le concernant:

Par la grâce de Dieu, il a obtenu A travers le service rendu au Prophète nommé Al-Moukhtar ce qu’il espérait du Miséricordieux

Tel que des actes miraculeux dont le fait qu’il a été protégé par le Seigneur contre les partisans de l’injustice et de la mécréance

Et son acte d’allégeance au Prophète nommé Al-Moukhtar dans les îles où il lui est venu à l’état d’éveil

Il y a aussi son pouvoir d’agir où il veut dans l’univers et le fait que tous les secrets de l’univers lui sont dévoilés

Il y a aussi le pouvoir de naviguer dans l’océan des connaissances et de recevoir directement de la Tablette bien gardée

  • Aliou Ibnou Illa At-Tandaghy

Ce poète s’est distingué merveilleusement dans des hommages rendus à Cheikhoul Khadim qu’il qualifie comme étant: l’individu qui a réuni toutes les sciences de la Charia et de la Haqiqa, le véritable héritier des qualités extraordinaires du Prophète Mohamad, le détenteur de l’état de Ghawthya, l’homme le plus parfait après la perle de l’univers, le Prophète de Dieu. Il mentionné toutes ces qualités dans les vers suivants :

Ô toi le soleil de la Charia en plein jour et le pôle de la Haqiqa dans le pivot de son axe!

Ô toi la montagne des bonnes et des hautes qualités ainsi que la mer de la générosité! O toi le magnanime!

Tu as possédé dès le bas âge toutes les vertus en dehors de la prophétie

Tu es le Refuge de toutes les créatures et c’est par toi que leur Seigneur les consolide

Le jour où les nobles se vanteront de leurs ascendants ce jour-là, toi, tu te vanteras de ton ascendant qui est le Prophète nommé Taha

Il est ton ascendant pour tes qualités et pour ta conformité à la charia et c’est à cause de cela que la voie de l’Imam Malick est devenue glorieuse

  • Le Cheikh Abou Mouhammad Ibnou Bou Nahma Al-Kounty (1840-1914)

Il est communément appelé Bou Kounta le maître de la Zawiya de Ndiassane. Il est aussi l’un des plus grands diffuseurs de la Quadriya au Sénégal et dans les pays limitrophes. Il a aussi tout fait pour renforcer l’application des percepts de l’Islam au sein des populations qui les négligeaient.

Son témoignage à l’endroit du Cheikhoul Khadim montre éloquemment son très haut rang dans la religion, sa piété, son sens de Kachfou et sa découverte des qualités du Cheikhoul Khadim.

L’un des disciples du Cheikh Ahmadou Bamba lui avait rendu visite un jour. Et il lui a demandé des nouvelles du Cheikh, alors qu’il savait parfaitement que le Cheikh était exilé au Gabon. Et au disciple de lui répondre: il a été déporté par les colonialistes. Il a rétorqué: Non.

– Que s’est-il passé donc?

– Il est allé servir la où il veut lui-même, lui rétorque le marabout. Puis, le disciple lui a dit: mais j’entends des tons des gens dont je ne connais rien de ce qu’ils disent. Puis le marabout de lui dire: est ce que tu as compris la langue de ces gens? Le disciple lui a répondu non. Puis le Cheikh lui dit parce que cette langue est différente de la vôtre. Ceci parce que Cheikhoul Khadim avait, avant son absence, érigé un mur invisible sur ce pays, ce qui fait que personne ne pourra y gagner un seul nouveau disciple avant son retour. Quant à moi, j’ai pu avoir des disciples derrière son mur mais ces disciples ne pourront venir qu’après un ou deux mois.

  • Khaly Madiakhaté Kala (1835-1902)

L’histoire du Sénégal n’oubliera jamais ce génie exceptionnel qui marquera à jamais ses pages. Ce grand personnage était un juge hors pair, un poète et un témoin de son temps du fait qu’il était un des plus grands esprits produits par la littérature sénégalaise d’expression arabe à cette époque.

Il était un ami intime du père de Cheikhoul-Khadim, de même que ce dernier a eu à apprendre quelques disciplines avec lui. Ce qui donne un grand poids à son témoignage. Il est rapporté de lui qu’il a dit un jour à Cheikh Ahmadou Bamba: «toi tu étais un fils devenu un père et un disciple devenu un maître». Il a aussi rédigé un poème à son endroit en disant:

De ma part à Ahmadou Bamba qui a laissé et oublié tout ce qui est en dehors de Dieu jusqu’à devenir le maître de tous les hommes

Il est un échappatoire, un refuge, un abri et un secours pour tous ces gens quand la misère et le mal s’abattent sur eux

Ce grand poète a eu à faire un excellent poème pour décrire comment sont les disciples du Cheikh Ahmadou Bamba. Ceci à travers un poème avec une cadence musicale très captivante. Voici les vers de ce poème:

Ils sont des personnes bien éduquées qui ont la bonne conduite de baisser leurs voix ainsi que leurs regards jusqu’à ce qu’on les prenne pour des malades

Qui ont besoins de médecins ou des pauvres qui cherchent des donateurs d’aumône désireux d’être récompensés par leur Seigneur

Quand la discussion était engagée un instant entre nous je leur ai demandé un service laborieux

Considérant le service demandé très facile, ils ont pris des haches résolument avec des mains fortes

Et ils se sont orientés vers un bosquet plein d’arbres avec des branches touffues et fendues

Ils se sont disparus dans la forêt mais l’écho de leurs piques est resté entendu tels les épées de Badr le jour où la vérité du Prophète [l’Islam] a éclaté

Ils s’en étaient allés les pieds nus sans se soucier aucunement de la chaleur ou de l’épine mais seulement d’exécuter l’ordre

Aucun d’entre eux n’a rencontré une femme étrangère à lui sans baisser ou tourner son regard

Ils n’ont élevé leur voix que pour mentionner le Nom de Dieu Et ils n’ont retardé les prières, qu’elles soient obligatoires ou surérogatoires,

Je jure par Dieu que si leur maître leur avait ordonné de chasser les ennemis du pays ils auraient secoué toute la terre

  • Al-Hadji Malick SY

Pour présenter ce Cheikh nous nous contenterons de citer les très grandes qualités que l’auteur du livre: Minanoul-Baquil Qadim, Cheikh Mouhamadoul Bachir MBACKE, un fils du Cheikhoul Khadim à spécialement décerné à ce Cheikh en disant: il est le très vénéré savant, le très majestueux Cheikh Al-Hadji Malick SY le réformateur de la Tidianiya dans cette contrée et son Imam sunnite et très pieux qui est l’un des incontestés guides des musulmans et l’un des savants critiques parmi les vertueux. Il se souciait beaucoup de consolider les liens de sang qui le liaient à Cheikhoul Khadim en plus de l’amitié en Dieu qui était à l’origine des cadeaux et des correspondances répétitives entre eux. Par exemple, ce Cheikh a donné un jour une copie du Coran à Cheikhoul Khadim avec les vers suivants:

Le motif de mon cadeau est d’attirer ton amitié, ô toi le bienaimé!

Que notre Seigneur éternise notre relation et nous épargne le mal de celui qui déclare son inimitié et qui attaque

Cheikhoul Khadim lui avait répondu à son tour en lui adressant les vers suivants:

Que Dieu le Donateur t’accorde la meilleure récompense et sois rassuré de la sincérité de notre amour

Comment peut-il en être autrement alors que l’Elu dont les prières sont exaucées est notre guide à nous tous? Ainsi nous ne craignons aucunement l’ennemi

On raconte que le Cheikh Al Hadji Malick SY a dit un jour à un des disciples de Cheikhoul-Khadim en la personne du Cheikh Marroubba GUEYE : «Marrouba sache que celui qui cherche à s’interposer entre moi et mon frère Cheikh Ahmadou Bamba pour dire ce qui ne sied pas entre nous [pour semer la zizanie], cette personne doit savoir que Malick se démarque d’elle, même si elle se réclame de Malick».

 

Pr. Mouhammad Galaye NDIAYE